lundi, 13. juillet 2009

Les frères de la rue des Voisins

Ils sortent la nuit

Ils vont par deux

Ils croient en Dieu

dimanche, 12. juillet 2009

Le lobe et les doigts d'Hadrien

Je vois D*** bientôt et cela me rappelle juillet passé. Nous avions écumé ensemble quelques bibliothèques à Paris et Londres, logé dans une piaule d’étudiants sur Mouffetard à Paris et dans un appartement haut standing chez une financière à Londres.

D*** est une grande menteuse, aussi, mais fort maladroite, car doublée d’une incroyable candeur et d’une inclination à la catastrophe. Blonde flamboyante, d’une curiosité inassouvissable et d’une intelligente presque écrasante, mais égoïstement bordélique : on s’entend bien tant que cela ne dure pas trop longtemps.

Une après-midi, nous avons fait bibliothèque buissonnière et sommes allés visiter l’exposition Hadrien au British Museum. Il y a une statue de l’empereur qui comporte un détail très particulier : une sorte de fente en diagonale traverse le lobe de son oreille gauche. L’artiste représente son souverain en majesté, mais l’embellissement n’exclut pas le souci réaliste : le bel Hadrien, épris d’Antinoüs, était malade du cœur. Cette marque, en effet, serait le symptôme d’une déficience coronarienne.

Je m’éloigne quelques pas du lobe d’Hadrien, j’attends quelques minutes puis je fais signe à travers la foule à D*** de venir me rejoindre. Elle se presse les yeux grands ouverts et je lui dis d’un air détaché :

- T’as vu, sur la première statue près de l’entrée ? Hadrien a six doigts à la main gauche !

Elle repart dans le sens contraire au flot des visiteurs et je la vois pendant de longues minutes scruter toutes les mains de toutes les statues. Quand elle me rejoint, je suis écrasé de rire devant l’épitaphe funèbre qui évoque l’art de la blague du fils adoptif de Trajan: Nec ut soles dabis iocos.



Yeux menteurs



vendredi, 3. juillet 2009

En 3 coups

jeudi, 2. juillet 2009

Engagée

Je viens de recevoir un message de l’Aveugle, celle qui a démissionné de moi. Elle occupait le bureau d’à côté avant de prendre l’avion pour une ultime fois, avant de déchirer le nouveau titre qu’elle venait d’obtenir. Elle n’y reviendra jamais, je lui ai renvoyé tous ses livres, qui ont rempli tout un camion. Elle m’a dédicacé son livre « A Mercurius, malgré tout ». Aujourd’hui elle m’annonce qu’elle a un nouvel emploi : dans l’institution où j’ai étudié, où j’ai découvert et aimé la littérature, la littérature qui nous avait soudés si fort. Elle va arpenter les lieux où j’étais, quand j’étais encore quelqu’un de bien. Je crois un peu, mais peut-être est-ce ma vanité qui parle, qu’elle a su rompre pour mieux partir explorer les racines de mon identité perdue. Je rêve même qu’elle m’y attend, pour le jour où j’aurai cessé de fuir, où j’aurai accepté d’être moi, un, ici.

mercredi, 1. juillet 2009

I did it

mercredi, 24. juin 2009

Lieu de bannissement

Le désir d’aventures mène partout, même en banlieue. J’avais trouvé très exotique d’entreprendre charnellement une fille suburbaine dans sa chambre qui fut son antre d’adolescente ; elle semblait garder encore, parmi les décorations aux motifs champêtres, les odeurs de ses rêves convenus, nourris pas un confort épais. Le silence oppressant des tondeuses à gazon qui dorment la nuit, la moto lointaine d’un rebelle périphérique, quelques effluves artificiels provenant d’un arrangement jardinier, et un père ronflant à l’étage en-dessus, m’avaient plongé dans un monde nouveau, que j’explorais avec une certaine délectation. C’est ce que j’appelle une relation contextuelle, dans laquelle la jouissance physique devient l’épiphénomène d’un vaste tressaillement mental. Malheureusement, en raison d’un bagage suspect à Heathrow, mon vol a été retardé pendant trois jours. C’est ainsi, que je me suis vu, un matin où le soleil baignait avec mansuétude les dessins identiques d’un quartier de la rive sud, assis en bras de chemise sur un perron, les pieds nus, le short fripé, une grosse tasse de café filtre à la main, à contempler l’ennui d’un œil morne. Et quand a passé le facteur, de maison en maison, j’ai joui comme une bête devant l’intensité du spectacle, dont j’étais un acteur provisoire et hilare.

vendredi, 19. juin 2009

Ca va bouger

Ca sent la fin à plein nez, de partout. Les signes se sont multipliés sans cesse depuis mai, ça sent la fin, ça sent la fin.

Je n’en ai pas dormi avant 8h du mat, je me suis réveillé tressaillant, je ne crois pas vraiment à la fausse alerte.

Ca sent la fin …

Oracle chinois

Tout m’avait été pénible : me lever, arriver à l’heure au rendez-vous, les affreuses avenues marchandes de Laval et ce lourd plat de nouilles au bœuf qui me soulevait le cœur. Avec L***, nous avons bien sottement ouvert nos oracles chinois, dont je viens de retrouver le mien dans une poche de mon jeans. On sent que l’Oracle aussi avait de la peine ce jour-là.





Trois témoignages

J’ai reçu aujourd’hui trois jugements que j’ai l’indécence et la vergogne d’écrire ici :

- « tu devais être le meilleur joueur de foot de Baltimore » (A***)

- « t’as une bite pour durer toute la nuit » (l’Andalouse)

- « de tous ceux que j’ai rencontrés, tu as été le plus révolté, celui qui n’a jamais accepté les choses telles qu’elles étaient » (l’Aveugle)

Qu’ils correspondent à une quelconque réalité ou pas, je me fous du 2, j’aime le 1, mais le 3 m’est précieux entre tous. Et puis, j’en ai aussi reçu plein la gueule sur mes défauts : mon inertie, mes fuites, mes détours, ma capacité à tétaniser, à pourrir la vie, mon incapacité à rechercher, à savoir et à assumer qui je veux être.

mercredi, 17. juin 2009

Ma nuit en images

J’ai fait ce soir une des choses que j’aime le plus au monde, errer de nuit. Je suis parti peu après minuit. La dernière fois que j’ai regardé ma montre, il était 00:00. On voit quantité de belles images, de nuit, et on pense comme on erre, tout en sinuosité. J’ai vu près de la rue Plantamour un homme qui ressemblait terriblement à Ian McShane. Il devait sortir du casino ou du Noga, je l’ai fixé longtemps. Je me suis arrêté à quelques pas au bord du lac, pour revoir mon endroit fétiche où j’ai écrit avec tant de fluidité les pages décisives de ma thèse. Il y a un petit banc, un lampadaire, et un bateau amarré. J’ai dérangé un peu un cygne qui dormait avec 4 petits. Je me suis demandé s’il y avait un nom pour les petits du cygne. J’ai pensé une fois encore à la nouvelle de Villiers de L’Isle-Adam, où un bourgeois tord le cou à un cygne pour en goûter le chant. J’ai regardé la statue de l’Impératrice Sissi, assassinée ici en 1898, derrière le cou. Je suis arrivé par hasard devant le lieu où a été tué un célèbre banquier, par sa maîtresse, lors de pratiques algolagniques ; le procès de la meurtrière tient la ville en haleine ces jours-mêmes. En passant par le petit square de la rue des Voisins, devant l’Eglise Saint-François, j’ai vu de loin une dame dans la pénombre qui semblait lire sous un lampadaire. En approchant, j’ai compris qu’elle mangeait un restant de pizza devant une poubelle. Ca ma révolté, et je me suis dit que je ne devrais pas aller à cette soirée de fils à papa, où il faut se déguiser en corsaire. Sur le chemin du retour, je filais à vélo entre les rails du tram sur la rue de Carouge, quand j’ai vu un crâne chauve me croiser à grande vitesse, à vélo également. On s’est regardés, j’ai cru reconnaître mon ami A*** et il a certainement cru reconnaître son ami S***. Mais il faisait nuit, j’avais une casquette et son crâne me paraissait trop chauve par rapport à hier, quand on s’est fumé deux pétards en regardant Etats-Unis-Italie. C’est lui qui veut que je fasse le corsaire. A la place d’Armes, une jeune fille, très belle mais très saoule, tente de monter sur son vélo, devant un grand niais qui n’ose rien faire. Elle s’étale de tout son long avant même d’avoir trouvé un point d’équilibre. Le grand niais trouvera bien un taxi. Je rentre par la porte de côté, dans la cuisine. Ma mère s’est réveillée. En montant au troisième étage, je l’entends dire : « il y a une tartelette aux fraises dans le frigo ». Je lui réponds : « elle est dans ma main ».

mercredi, 10. juin 2009

Un peu de sociologie religieuse

On m’a dit que je parlais trop de cul, et je suis bien d’accord ; voici donc un billet socio-religieux.

Rencontré hier, à midi, L***, qui est une hypostase de la sainte Trinité. Elle m’attendait au métro de Montmorency, ce qui vous campe une sociologie.

J’ai vécu avec elle, dans un passé indistinct, ma seule expérience de débauche évangélique. Pénétrés jusqu’à l’os et la nausée d’alléluias, de « le Seigneur est merveilleux », de Jean 3 :16, de « brise-moi ô Eternel » et d’exaltation au-dessus des nuées, nous voulions nous purger solidairement dans le stupre, l’abomination et la désolation. Elle Jézabel et moi Epiphane, nous replâtrions par nous souillures complices les fêlures sociales et psychologiques que les rigueurs d’une doctrine subie dans nos tendres années avaient causées durablement. Sans grandeur, sans sophistication, une simple confession de non-foi scandée turpidement par nos chairs.

Elle m’attendait donc, avec son éternel maquillage de supermarché, son esprit qui n’outrepasserait jamais les bornes du bon sens, comme si la simplicité évangélique, chez elle, s’était traduite benoîtement dans l’adhésion à la vulgate du psychologisme contemporain.

Nous avons dîné sur ces affreuses avenues marchandes, en mettant à jour nos histoires. Elle affiche dorénavant sa croyance périurbaine dans la religion du couple ; j’ai révélé mon oscillation entre l’athéisme et le nicodémisme à ce propos, tout en constatant, avec plaisir que sa foi vacillerait toujours, et qu’elle pourrait bien être ébranlée.

mardi, 9. juin 2009

Bilan bis

Ca ne s'améliore pas, j'en suis à 448 messages non traités.

Je songe à changer de continent.

Ca m'aidera.

?

jeudi, 4. juin 2009

Fragment de plaisir

En remontant vers minuit de longues avenues à vélo, je me demandais s’il pouvait désormais encore exister, pour moi, de plaisir sans dissimulation et sans danger. C’est la nécessité qui les a liés, il y a bien longtemps déjà. J’ai cru que l’intensité et l’inconfort dans lequel j’y accédais nuisaient au plaisir plus qu’ils ne le favorisaient, or je pense maintenant qu’ils le constituent. Je me demandais aussi quels plaisirs simples me restaient, de ceux qui ne consisteraient qu’en un élément, et qui absorberaient l’entier de ma capacité de jouissance. De ceux qui me permettraient de me percevoir un et entier, non pas un être dissocié. Je n’ai pas voulu trop pousser la réflexion, et je me suis laissé à ce vieux plaisir qui m’a toujours accompagné : laisser couler mon vélo doucement dans la pente, étendre mes mains en laissant le vent soulever mes cheveux et sentir la présence familière de la nuit, tout en ne pensant à rien, dans un pur état d’abandon.

mercredi, 27. mai 2009

La malédiction de Vespasien

Je dois vous avertir : il y a un problème préoccupant avec les toilettes de Montréal. Elles sont spoliatrices. Cela relève probablement d’un sortilège. Mais ne vous inquiétez pas trop vite, je crois que ce sortilège est lié uniquement à ma personne. Enfin, je lance cette bouteille à l’eau pour savoir si c’est le cas. Lors de mon dernier passage à Montréal, alors que j’étudiais la nature des démons, dans un hôtel qui ressemblait à une fiction, une amie venue me voir a littéralement disparu, happée par une toilette piégeuse. Je la cherchais partout sur le trottoir, dans les couloirs, quand sa voix a percé demandant de l’aide. J’ai appelé à la rescousse un vaillant Marocain et Satan a rendu sa proie. Hier, pourtant, la toilette n’a jamais régurgité l’objet de 30 $ qui m’avait échappé. Et ce matin, dix fois pire, c’est mon précieux ipod touch 32 GB qu’elle m’a arraché des mains pour le noyer. Mort, grillé, avec tous mes contacts, tous mes rendez-vous, une partie de ma mémoire. Ca fait vraiment chier.

lundi, 25. mai 2009

Un bon bilan

18 buts, 9 assists, 27 points, votre serviteur gagne officiellement le trophée du meilleur compteur de la saison qui s’achève, dans une des ligues. Je fais désormais une cure sans foot pour rétablir des chevilles rouillées, une voûte plantaire gauche tendue, et une foule de tendons et ligaments qui ont un peu perdu en élasticité. Depuis janvier, j’ai joué régulièrement dans quatre équipes, et j’ai dépanné, sporadiquement, dans 3 équipes supplémentaires. Lors d’une de ces récentes semaines, j’avais 7 matches dans la semaine, dont 3 le dimanche. Que voulez-vous, je rattrape le temps perdu. Mais du coup, j’ai mal travaillé. Ce matin, 405 messages non traités attendent dans ma boîte de réception.

Comment le dire ? (3 - et fin?)

Je crois avoir compté un peu pour elle, parce que j’ai aperçu par terre, sous le clocher, plusieurs jours après ce premier soir, le verre dans lequel j’avais bu. Parce que j’ai surpris sur son blackberry propriété de son gouvernement, mes messages insidieux. Parce que, quelques jours après avoir été mis à la porte, comme je descendais la rue de Tolbiac, je lui ai écrit : « I hate Paris : no lake, no you » et qu’elle a répondu : « Come back, may be ? ». Parce que quand je suis revenu de Paris pour un dimanche, j’ai franchi pour la toute dernière fois ses portes et qu’elle m’a dit « merci ».

vendredi, 22. mai 2009

Comment le dire (2)?

En définitive, je sais peu ce qu’elle pense ; je n’en ai pas eu le temps, je commençais à peine à déceler un sens derrière ses contradictions. Nous avons feuilleté ensemble le manuscrit des souvenirs de son aïeul, qui rencontra Lénine à Genève ; je l’observais de biais tandis qu’elle parlait des réfugiés russes de la rue de Carouge, elle dont le mariage avait été annoncé dans le New York Times. Le soir était tombé trop vite, c’était une veille de négociations importantes, quand elle me fit franchir sans mot dire le seuil sacré.

J’avais presque peur, c’est l’effet de la grâce ; je me vois encore, imméritant, mes pas progressant lentement le long du couloir, dont une seule des multiples portes me serait ouverte, au fond à droite. Je me suis rarement senti aussi présent que sous ces poutres, alourdi par l’instant qui se figeait, enveloppé d’un agréable sentiment, celui d’être étranger, à elle, à moi, et de trouver dans cette étrangeté une profonde raison d’être.

Nous avons parlé doucement, tout en souffle, dans la nuit, puis quelque chose de trop fort s’est progressivement emparé de nous, que nous n’avons pu vaincre ni par la chair, ni par un sommeil illusoire.

Avant qu’elle referme une dernière fois la porte sur moi, cette nuit-là, elle m’a dit « J’espère que tu me pardonneras ». Ce qui était absurde, c’est que je ne trouvais rien à lui pardonner.

mardi, 19. mai 2009

Ode philadelphique

Mon frère est venu me voir au royaume d’exil. Il venait des régions des guérillas, je l’ai vu à l’aéroport dans son t-shirt orange vif, avec son complice de vadrouilles, tous deux sont de grands arpenteurs des terres exotiques et manient des substances dangereuses. Comme un con, je lui ai serré la main, après avoir serré celle de son ami. Je devais être tendu. On ne se salue jamais entre frères, même pas quand je pars pour de longs mois, mais on se lance un « bon », un léger coup de menton. Et quand je rentre après de longs mois, il me tourne autour sans parler, puis dit un truc concernant un machin totalement anodin : « si t’as besoin de piles, j’en ai plein ». C’est notre façon d’exprimer ce que nous n’a jamais pu exprimer, et dont on ne connaît probablement même pas la nature exacte, faute d’en avoir le lexique et la syntaxe.

Bref, et trêve de considérations vétilleuses. Mon frère aîné est venu me voir. Il a un an de plus que moi, je l’ai toujours vu comme un être froid, dur, non, je devrais dire plutôt cassant, c’est le mot. Il casse toujours au moment où l’on pourrait sombrer dans la confession, le personnel, l’intime. Je ne sais rien de sa vie, pourtant il habite quasiment sous mon regard, quand je suis dans ma ville. Je lui dis : « je serai Montréal avant de rentrer », et il ne me demande pas pourquoi, chez qui. Il a la rigidité de ces êtres qui cherchent le vrai, ou plutôt l’exact. Il pense qu’il faut trouver la loi qui régit les choses, et il rejette d’un revers de main méprisant ce qui entrave cette recherche.

Je me suis rendu compte à quel point je ne connais pas mon frère. Je n’ai jamais osé aller voir derrière la façade, par angoisse. J’ai grand peur de découvrir ses pieds d’argile et de voir un jour la grande statue vaciller. Je l’ai déjà vu deux fois dans ma vie, et cette vision m’a tellement traumatisé que chaque fois que j’aurais pu avoir une raison de le haïr, l’image de ses yeux effarés a tout dissipé.

J’ai toujours su qu’il est plus intelligent que moi, plus doué, plus curieux ; lors de sa visite, il a ébloui par son tact, son esprit, sa générosité. Je l’observais de loin tester des guitares et en décrire l’âme avec des adjectifs choisis que je n’aurais pas imaginés, sa parole était parole d’évangile.

Mais là où il m’a bluffé, c’est lorsque nous dûmes aller acheter des fleurs. Il m’a coupé sèchement : « laisse-moi là, j’y vais ». Bon, ok, chef, pensais-je sceptique. Son ami de voyage, resté dans la voiture, me dit : « Tu sais, c’est le meilleur pour choisir des fleurs. Il sait toujours exactement ce qui convient le mieux ». Moïse au Sinaï n’a pas reçu plus grande révélation que celle-ci.

mercredi, 13. mai 2009

Rédemption mineure

Miracle, cet autre mercredi, mon autre frère est venu avec moi dans la même salle de concert.

Ce fut comme une petite guérison.

Nous avons écouté du funk, il m’a tout expliqué.

C’était simple, c’était bon.

Il y avait une raison à être là.

VIP de mon cul

Mercredi, j’ai reçu le premier pass VIP de ma vie. Je me le suis collé sur le cul, et j’ai pris place avec les autres parmi le public de base qui importait peu. Fuck the backstage, fuck les privilèges. Je connais bien la rock star, émergente ; j’ai fait de la pétanque avec lui, joué aux cartes, mangé du saucisson et lui ai écrit une recommandation. J’ai une amitié solide pour son père, qui m’a une ou deux fois sauvé la peau des fesses, et que j’ai même forcé à mentir, en suant. Aujourd’hui, la jeune pousse est dans le top ten du billboard américain. A quelques pas de la scène, sous les hauts parleurs hurlants, je regardais l’œil vague la furie des spots, des rythmes hip hop, des déchirements métal, la masse compacte des corps déchaînés, ces offrandes de chairs palpitantes, lorsque mon esprit mélancolique s’est envolé ailleurs, car ce même jour, de l’autre côté de l’océan, mon petit frère entamait un Mendelssohn, dans le silence de l’Eglise Saint-Germain, patron des pauvres. Je voyais les harmonies monter vers le clocher où gît le pigeon mort que nous avions découvert ensemble lors d’une exploration nocturne. Outre le pigeon mort, il y aurait la douce Aveugle, qui comprend mieux que personne au monde ce que signifie un défunt oiseau planant en surplomb des vitraux, mes robustes frères, une mère incapable de s’avouer la fierté qui l’habite, un père mort avant d’avoir pu être fier. J’imaginais aussi l’entrée discrète de cette femme, que j’avais vue, une fois, ouvrir timidement les lourdes portes d’un temple et s’asseoir comme un spectre sur un banc du fond, près d’une colonne, pour voir de loin son amant qu’elle perdait. Je sentais dehors, incrusté dans la pierre, l’esprit de la Silhouette que j’avais photographiée, lors d’une visite clandestine, devant le portique principal. Et tout en sentant de jeunes femmes quasi nues frotter, dans une transe indistincte, le dérisoire pass VIP qui ornait mon cul, je réalisais, une fois encore, que des personnes vraiment importantes pour moi partageaient des silences lourds et éloquents, dans un lieu sacré où je ne serais pas.

dimanche, 10. mai 2009

Don Juan

Et gloire à Don Juan d'avoir pris rendez-vous,
Avec la délaissée, que l'amour désavoue !

Cette fille est trop vilaine, il me la faut.

mercredi, 29. avril 2009

Les lacets du Léviathan

Quand je rêve que je m’apprête à accomplir une grande action, je me vois toujours en train de serrer et nouer les lacets de ma chaussure droite. Cela provient probablement d’une image primordiale, celle du remplaçant qui s’apprête à rentrer sur le terrain pour « faire la différence ». On le voit, quelques secondes avant, sur le banc de touche, lacer sa chaussure droite, piaffer et rentrer en courant avec des yeux de cheval halluciné. Personnellement, avant un match, je lace toujours avec beaucoup de soin. Il faut que ce soit serré pour exprimer la résolution, et je me demande toujours comment aplanir cette sorte de petite floraison nodale qui renfle au-dessus du scaphoïde. Elle pourrait faire dévier le ballon au moment d’un coup particulièrement redoutable, qui consiste à le faire rouler de l’astragale jusqu’aux phalanges, le haut du pied assurant l’énergie cinétique du cuir et les extrémités, grâce à un petit sursaut des métatarsiens au moment de libérer la sphère, lui conférant une diabolique rotation verticale. Le ballon part ainsi en cycloïde comme un obus et plonge sous la barre aux yeux d’un gardien éberlué qui le voit en général rentrer au moment où son corps, arqué à l’extrême, tente d’épouser désespérément la courbe cycloïdale, à laquelle Blaise Pascal, qui en était le spécialiste mondial, avait donné le nom de roulette. Mon mémoire de licence traitait d’ailleurs de ce problème géométrique, formulé originellement par Aristote, en relation avec la pseudonymie anagrammatique qui hante l’œuvre de Pascal, auteur qui donna son nom à l’université de Clermont-Ferrand dont l’une des spécialités est l’étude de la géométrie de l’espace des lacets. Or, si le laçage m’est aisé et suave dans ces moments où je puise dans le rituel un supplément de détermination, il devient, en revanche, dans les situations ordinaires, le symptôme absolu de ma pathologie du quotidien. Chaque matin, après avoir dilapidé à longues lampées d’heures perdues le temps qui m’est dévolu avant de me rendre à mon travail, je me retrouve devant ma porte, les pieds dans mes souliers, en ayant la conscience aiguë que je n’ai plus à disposition les secondes nécessaires pour lacer mes chaussures. J’essaie en quelque sorte de résorber le temps perdu dans l’espace du lacet. Je me précipite ainsi délacé vers mon véhicule, espérant qu’un feu rouge m’accorde le répit forcé qui me permettra de faire mes nœuds, hélas, j’arrive souvent à mon lieu de labeur flottant dans mes pompes. J’ai bien sûr tenté de m’expliquer une telle incapacité à me lacer avant d’affronter le monde, et je me suis reconnu dans deux situations qui m’ont toujours hanté. D’abord, la capitulation de Phèdre, sortie de force des méandres des ténèbres pour affronter la lumière, la chevelure composée comme par une force injuste et nuisible qui noue ses cheveux comme on lacèrerait sa liberté d’être elle-même, d’être mauvaise, de se soustraire aux liens sociaux :

Que ces vains ornements, que ces voiles me pèsent !
Quelle importune main, en formant tous ces nœuds,
A pris soin sur mon front d’assembler mes cheveux ?
Tout m’afflige, et me nuit, et conspire à me nuire.

Et cette scène du monstre ridiculisé, Léviathan qu’on ne peut capturer à l’hameçon et au lacet, mais dont Dieu se joue comme d’un jouet (Job, Psaumes):

Prendras-tu le léviathan à l'hameçon? Saisiras-tu sa langue avec un lacet ?

Voici la grande et vaste mer:

Là se meuvent sans nombre

Des animaux petits et grands;

Là se promènent les navires,

Et ce léviathan que tu as formé pour t’en jouer dans les flots.

Dans ma première publication, je réfléchissais sur ce Léviathan dérisoire, et j’y reconnaissais déjà cette puissance supérieure qui nous aime rebelles pour mieux s’amuser de nos gesticulations. Je la dévisage désormais tous les jours quand je me penche sur mes souliers, et je sais que lorsque je capitule enfin pour y serrer un nœud, c’est une divinité narquoise qui habite mes doigts.

mardi, 21. avril 2009

L'ambition des modestes

Ma mère, à l’instant : « il faut te contenter de peu, sinon tu vas tout perdre ».

Pour elle, j’aurais dû être le postier ou l’instituteur local. Elle n’a jamais accepté mes réussites, « c’est de l’orgueil ». Elle n’a fêté aucun de mes diplômes, titres, nominations. J’ai fini par ne plus en faire cas. Je me souviens être rentré chez moi, un jour, après avoir remporté un concours, qui m’avait coûté tant d’efforts et fait tant plaisir. Elle était au téléphone, elle s’était à peine enquise d’un geste du résultat, et elle s’était lancée de plus belles dans son activité prosélyte. J’étais un pot de fleur, un pot de fleur couronné ; j’étais resté dans la cuisine longtemps sans rien dire, sans rancune, profitant d’un succès qui ne se partage pas. Depuis, je les garde pour moi, je range les papiers officiels dans un tiroir, et je n’y pense plus.

Avant de raccrocher, à l’instant, elle m’a demandé de me mettre à genoux. Ce dont elle ne se rend pas compte, c’est que même mes succès portent sa marque : je les ai accomplis sans orgueil, sans y croire, sans illusion sur leur valeur. Juste pour me donner les moyens d’emmerder un monde que je n’aime pas, et de réduire sa capacité à m’emmerder.

Pourtant, quand le carton de livres portant mon nom, était arrivé, au printemps passé, elle m’avait téléphoné : « Tu as reçu un paquet de livres ». Mais sans rien me dire, elle en a soustrait un que j’ai vu sur son lit un soir.

lundi, 13. avril 2009

Quand nous brunchions sur Grande-Allée

C’est l’esprit qui donne forme au monde. J’ai reçu ce matin cette proposition émouvante :

Le cosmos sans toi c’est le néant.

Ce lieu a trouvé son seul sens possible dans cet aveu, qui m’a paru évoquer des morts Hésiode, Pyrrhon, Scève, Nietzsche, Merleau-Ponty, au petit-déjeuner de Grande-Allée.

Il fallait n’être pas là pour que le lieu accédât à son existence. C’est triste, mais c’est beau comme une parure.

vendredi, 10. avril 2009

Cléromancie

Un rendez-vous flottant, aléatoire, improbable, indécis, cet après-midi, parmi quelque 20 000 personnes, un peu plus, un peu moins, qui se croiseront par marées entières, sans savoir si je n'ai envie d'autre chose que cette incertitude, cette attente, ce mystère, ces échecs.

Je suis un fervent sectateur du dieu des dés, dont je vénère religieusement l'instant de grâce absolu que constitue le coup de poignet.

Et je laisse au bon blogueur héroïque le soin de ne pas déterminer qui est le dieu du coup de dé.

Je pars

Je pars toujours pour continuer d'aimer.

mardi, 24. mars 2009

Une allure si vagabonde

Montaigne assimilait souvent le fonctionnement de sa pensée au voyage : « c'est une épineuse entreprise, et plus qu'il ne semble, de suivre une allure si vagabonde que celle de nôtre esprit; de pénétrer les profondeurs opaques de ses replis internes; de choisir et arrêter tant de menus de ses agitations » (II, 6).

Mon esprit, en rien comparable, a toujours gravement vagabondé, à tel point que je n’ai pu le suivre, le rattraper, et le contraindre que dans des situations de vagabondage grave. Il fallait que je me transporte pour arrêter ses transports, que je fuie pour absorber ses fuites et lui offrir, pour l’anesthésier, une métaphore violente de son tourment. J’ai ainsi produit essentiellement dans des lieux de transit : gares, aéroports, trains, avions, tramways, bateaux, barques, centres commerciaux, cafés, promenades le long du lac, parkings d’autoroute, longues errances à roulettes la nuit dans les zones industrielles, de lampadaire en lampadaire - j’en tiens une liste. J’ai écrit en roulant sur l’autoroute, en allant à l’Eglise, dans des cabarets infâmes, et même lors de marches à l’armée. Ca fait cher la page, nerveusement surtout. Mais c’est ainsi.

C’est pourquoi, j’ai décidé de terminer demain ce démoniaque torchon que je traîne absurdement depuis six mois : à l’aéroport de Chicago, dans l’avion de l’United, à Dorval, dans l’aérobus et dans les cafés montréalais. J’espère y mettre un point final dans ce Second Cup sans âme de Saint-Denis, où j’avais achevé, lors de ma toute première nuit glaciale, solitaire et erratique dans cette même ville, un commentaire novice sur la douce Marie de France.

jeudi, 19. mars 2009

Réponse

Il ne faut pas croire au [menteur] même s'il dit des vérités.

(Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa IIae, quest. 9. art. 2)

Citation (tronquée)


La vérité doit être cherchée dans le mensonge et c'est le menteur qui la dit
.

(Michel de Certeau, op. cit., p. 208)

samedi, 14. mars 2009

Comment le dire ? (1)

Comment le dire simplement ? Elle me manque ce soir, la vie doit continuer sans elle, même si sans elle, elle est moins belle. Elle a traversé ma vie comme un météore, et moi la sienne. Et pourtant, je n’aurais pas parié un kopek sur la réussite de notre brève rencontre. Elle me disait ce dernier soir : « Grandir, c’est faire l’apprentissage de la perte ». Je l’ai cueillie au sortir de ses journées harassantes, qu’elle effaçait d’un sourire ; nous longions le lac, et parfois y plongions ; puis un jour, un autre, un troisième, elle m’a ouvert sa porte.

Je connais le trajet qu’elle fait chaque jour le long des quais, le rocher où elle s’arrête le soir, pour profiter du Léman ; je sais où elle pose son vélo, le code de son entrée, la façon dont elle guigne dans sa boîte aux lettres sans l’ouvrir. J’ai découvert son repère, qui la tient attachée à cette ville plus que tout. C’est l’appartement le plus formidable que j’aie visité dans la cité. Il tient du château et de la cathédrale, il a des parcours circulaires, des trapèzes, des triangles, des lignes horizontales et verticales, des courbes et des droites. Des poutres rythment l’espace d’une façon un peu dissonante, et j’adore ce petit tabouret accolé à la table, dans la cuisine, qui capte le dernier rayon de soleil, le soir. Je m’y suis assis en la regardant s’activer à réunir en mets les quelques éléments encore comestibles de son frigo. De temps à autre, elle s’arrêtait pour me parler, dans la diagonale, prenant le rayon dans le cou, qui la figeait en madone ou en princesse, grâce au halo qui naissait dans ses cheveux. Je cessais alors de cligner des yeux.

Son espace est divisé entre le public et le privé. La première fois que je suis rentré, elle a disparu quelque temps derrière la porte qui en constitue la démarcation sacrée. J’ai aimé n’être alors qu’un ami de passage, un profane qui ne pénètre pas plus loin. Elle m’a offert un petit verre d’alcool – « je te corromps » - que j’ai voulu prendre sous le clocher, qui s’érige, en écho du jet d’eau voisin, dans l’angle sud de son appartement. Je le regardais sans cesse, sans y croire. Je me suis couché sur le plancher, les yeux levés vers cette trouée mystique dans le plafond. Elle s’est mise à mes côtés et nous avons mordu dans la nuit en parlant de tout. Quand je m’étendais de tout mon long sur le dos, les mains derrière la tête, une fois : « si tu te mets comme ça, je vais te sauter dessus » - nous étions grisés. Elle croyait que nos vies se reflétaient comme dans un miroir ; elle se trompait, bien entendu, mais elle m’a quand même sauté dessus après minuit, timidement, presque furtivement, avant de me laisser partir sans que je puisse voir ce qu’il y a derrière la mystérieuse porte.

mardi, 10. mars 2009

J'ai perdu mon nom dans la lessive

(Extrait d’un exorcisme à Loudun, 10 mai 1634)

Interrogé : Quis es tu, mendax, pater mendacii ? Quod est nomen tuum ? [le démon] a dit, après un long silence : « J’ai oublié mon nom. Je ne puis le trouver … »

Et commandé encore de dire son nom, a dit : « J’ai perdu mon nom dans la lessive »

(cité par M. de Certeau, Possession de Loudun, Gallimard/Julliard, 1980, p. 68)

dimanche, 8. mars 2009

Bijoux, braguette, bandaison

J’attends pour traverser. J’écoute en podcast un débat sur l’initiative visant à interdire les minarets en Suisse – stupide crainte de l’érection.

Un type tient une large pancarte pour ameuter les gens : la bijouterie du coin liquide.

Il me touche l’épaule, je retire mes écouteurs :

- Your fly ! You could get a ticket for that. It's considered public indecency.

Je remonte ma braguette en riant avec lui; il a travaillé à Zermatt et connaît bien la Suisse qui bande.

Mes bijoux sont au chaud, pas de liquidation prévue à court terme.

mardi, 24. février 2009

Le peintre ivrogne

Quand j’étais petit, un monsieur m’effrayait particulièrement. C’était un artiste-peintre carougeois, que je crois n’avoir jamais vu dans un état autre que l’ivresse avancée. Il était formidable, il me faisait penser à la version démoniaque d’un tableau de 1890, « Retour du bûcheron » de Frédéric Rouge, dont nous avons une reproduction dans le salon familial. Petit, je voyais toujours l’un et l’autre en une contreplongée spectaculaire qui me figeait. Ils me faisaient sentir plus petit que petit. Je le voyais souvent de loin dans les rues du Vieux-Carouge, il avait une grosse constitution, que l’alcool faisait chalouper, et moi je changeais de trottoir. Il a toujours eu la même barbe, grise, sale, anarchique – je crois qu’il l’était, d’ailleurs, anar, sale, et, bien entendu, toujours, gris ; et une sorte de béret de marin.

Je me souviens d’un après-midi, à la rue Roi Victor-Amé, je trottinais pour aller aux Pervenches, mon école. Soudain, j’entends sa grosse voix qui me crie « Hé petit, arrête, ne va pas à l’école ! ». Je n’osais pas courir, mais je continuais de progresser vers cette institution si scandaleuse. Il s’est alors dressé comme un titan titubant, il a ôté sa chaussure qu’il a brandie haut dans le ciel en hurlant : « ne va pas à l’école, petit con ! ». Je me suis mis à courir et j’entendais sa voix vibrer encore au loin.

Récemment, je me promenais avec l’Archange, ou la Silhouette, j’ai oublié, à qui je faisais clandestinement découvrir la ville de mon enfance. Nous arrivions des tours et longions la place de Sardaigne, où quelques bancs profitent du dôme paisible des marronniers. Comme à l’accoutumée, je l’ai vu de loin, mais cette fois-ci il était assis et semblait compter fleurette à une dame élégante d’un âge avancé. Je pensai : « c’est vrai, il doit être poète, aussi », tout en croquant à ma compagne le personnage. Il nous a aussi regardé venir de loin, et comme je passais devant lui, il a fait un geste de la main, m’a fixé intensément avec des yeux brouillés, en détachant ces mots : « Je vous trouve beau ». Je l’ai remercié et j’ai partagé courtoisement le compliment avec la Silhange. Mais intérieurement, je l’ai gardé pour moi comme le mot plus authentique que je n’aie jamais reçu. J’ai continué joyeux en direction de la place du Temple, en goûtant l’atmosphère humide d’un soir d’été et en prolongeant le sentiment qu’une parcelle d’identité se nouait ici, dans une vaste rotation d’un temps retrouvé.

La prochaine fois, je veux parler avec toi, à l’autre bout de nos vies, que tu as passée, toi, à boire et à tituber, moi, à fuir, et nous, à nous rencontrer fortuitement dans les mêmes rues. S’il le faut, je me beurrerai.

Rouge

jeudi, 19. février 2009

Rire et pisse

J'allais à l'instant me chercher un café, et j'ai croisé consécutivement quatre personnes, qui marchaient seules et qui riaient.

J'ai pensé que c'était une statistique très improbable.

Il faut dire que je riais aussi, je venais de penser à la phrase de Léon Bloy sur Guy de Maupassant: "Sa parfaite stupidité de jouisseur est manifestée par des yeux de chien qui pisse"

samedi, 7. février 2009

Perte

J’ai longtemps rêvé de perte avant d’avoir rien possédé. Des pertes lancinantes, douloureuses, qui traduisaient l’espoir de posséder, et la conscience qu’on ne sait vraiment ce qu’on a qu’au moment où on le perd.

vendredi, 6. février 2009

29 avril 77

Je ne sais pas qui je suis, encore moins qui j'ai été.

Roland Barthes