jeudi 30 août 2007

Internet et religion (et vomissure)

Je vois une similitude frappante entre la pratique religieuse et l’usage contemporain d’internet. Ce sont des systèmes qui tirent leur force de la délégation. On sait leur présence rassurante dans un au-delà, à savoir hors de soi. Ce n’est pas à moi de décider, de tenir les comptes, d’accumuler les données, de mettre à jour, je n’ai qu’une chose à faire : je me réfère. Une oraison ou un clic me connecte à et un dieu ou à des octets. Je soulage ma mémoire en la réduisant à cette seule fonction : retrouver l’information en dehors de mon crâne. Cette existence, persistante et permanente, dans un au-delà, me dégage de la responsabilité ultime : être moi-même ma propre référence et m’exonère de la fonction de digestion, puisque je n’ingère plus vraiment, je fais juste transiter. J’existe désormais, à la manière des mystiques, comme simple périphérique d’un centre qui est hors de moi et qui aspire à me contenir. Mon Moi, véritablement dissolu, ayant ainsi résolu les douloureuses affres de la conscience qui affectent les entités réellement maîtresses d’elles-mêmes.

Je déteste ce type d’analogie que je viens de faire. C’est une facilité intellectuelle que je vomis. Et en plus, c’est toujours faux.