mardi 4 décembre 2007

Les origines sinistres de la rhétorique

Demain il sera question de corbeaux ; voici en guise d’exorde une anecdote qui m’est familière, puisque, comme Corax, j’ai été payé pour enseigner cet art souvent suspecté d’être mensonger :

"Un certain Tisias, ayant entendu dire que la rhétorique est l'art de persuader, s'en va trouver Corax pour se former dans cet art. Mais une fois qu'il n'eut plus rien à apprendre, il voulut frustrer son maître du salaire promis. Les juges s'étant rassemblés, Tisias eut recours, dit-on, devant eux à ce dilemme : "Corax, qu'as-tu promis de m'apprendre ?" - L'art de persuader qui tu voudras. - Soit, reprit Tisias : ou bien tu m'as appris cer art, et alors souffre que je te persuade de ne point toucher d'honoraires ; ou bien tu ne me l'as pas appris, et dans ce cas je ne te dois rien, puis que tu n'as pas rempli ta promesse." Mais Corax, à son tour, riposta, dit-on, par cet autre dilemme : "Si tu réussis à me persuader de ne rien recevoir, il faudra ma payer, puisque j'aurai tenu ainsi ma promesse. Si au contraire tu n'y arrives pas, dans ce cas encore tu devrais me payer, à plus forte raison !" En guise de verdict, les juges se contentèrent de dire :" A méchant corbeau (Corax) méchante couvée !"