mercredi 26 août 2009
Rhadamante au menteur
Que soys menteur: car ta phizionomie
Ne le dict point: & de maulvais affaire
Seroit celuy, qui te vouldroit meffaire.
Dy moy, n'ays peur.
(Marot, L'Enfer, 1544)
Serait-il possible que Rhadamante?
dimanche 16 août 2009
Crétoise crédible
J’ai fini la soirée avec une Crétoise, venue m’aborder dans un bar de Zürich parce que je paraissais préoccupé. De fait, si je me souviens bien, je ne pensais à rien ou, probablement, je roulais en mon sein ce magma de choses informes et vides qui caractérise ma hantise de formuler et ma jouissance à sentir gronder en moi le tourbillon des idées en puissance. J’en ai déduis que quand je ne pense à rien, j’ai l’air de penser à des choses lourdes. Cela doit constituer mon mensonge originel, faire croire que mon air absent, ou perdu, est à l’asymptote d’une réflexion profonde.
Elle s’est enquise de mon état dans un suisse-allemand qui ressemble un peu au bruit que fait mon poivrier métallique de marque Peugeot. Comme je maîtrise peu la langue des poivriers, nous sommes passés au Hochdeutsch et à l’anglais. Elle m’expliquait qu’elle monte une école de danse, dans le but d’aider les gens à s’ouvrir et à s’exprimer, mais je restais hermétique à ses propos, jusqu’à ce qu’elle me dise qu’elle est grecque. Je ne pus dès lors m’empêcher de rechercher sur son visage les traits de Phryné : la bouche un rien charnue, la chevelure composée qui affranchit le visage, ses grands yeux profonds dominés par un vaste promontoire incurvé ; plus tard : cette étonnante souplesse de batracienne. Par-dessus tout, je voyais en elle une culture, une terre, une origine. Sur son être, je voulais quêter une genèse, une théogonie, une gnoséogonie, puisque par elle transitait l’essentiel de ce que j’aimais, et que j’avais fait mien.
Plus précisément, me dit-elle, je suis Crétoise. J’ai immédiatement pensé à ce que l’apôtre Paul dit des Crétois et je n’ai pas fait long pour voir la rivalité qui s’esquissait : sa sollicitude sincère, ma franchise désarmante, nous n’avons pas faibli, jusqu’au bout, comme ceux de notre race, soit totalement vrais, soit totalement faux. Elle me décryptait comme de l’étrusque, je la déchiffrais comme le linéaire A, nous n’avions d’autre choix que de jouer le jeu entièrement, à corps et âme perdus. Rien n’a semblé feint, et quand nous reprîmes nos esprits, nous nous quittâmes sur un mensonge commun. Elle m’a dit : « j’y viendrai », et elle n’est jamais venue, je lui ai dit « je t’y attendrai » et je ne l’ai pas attendue.
samedi 15 août 2009
Le cycle du bois
Mercurius : « Dis, frérot, tu peux demander à Olivier si son carré d’herbe et disponible ? »
Frérot : « Dis, Olivier, tu prêterais ton carré d’herbe ? »
Ainsi, Eric et ses vélos trouvent un carré d’herbe chez Olivier. Et il y a du bois.
Eric coupe le bois d’Olivier, qui l’héberge.
Olivier offre du bois à frérot, qui l’aide à déménager.
Et cet hiver, Mercurius ira se chauffer au bois du frérot, donné par Olivier, coupé par Eric.
vendredi 14 août 2009
11h12 (bis)
mardi 11 août 2009
Hendiadys
Après avoir tâté l’espoir de devenir spécialiste mondial du chiasme, puis de l’hypallage, j’ai eu un retour de printemps pour l’hendiadys. J’avais fait les premiers pas dans ce domaine sensible avec le fameux arma virumque cano, qui ne m’avait pas plu outre mesure, quand récemment je hurlais un vieux chant religieux sur mon vélo, au cours duquel j’ai été frappé par les paroles suivantes : « j’aime et j’entends tous les oiseaux chanter ». Je me suis dit, stupéfait : « wouf, un hendiadys verbal dans un cantique bucolique ». Je ne sais pas si l’hendiadys verbal existe, mais il me semble bien que quand l’auteur écrit « j’aime et j’entends les oiseaux chanter », il veut dire : « j'aime entendre les oiseaux chanter » ; de même que Virgile, lorsqu’il écrit « je vais chanter les armes et le héros », veut dire « je vais chanter les armes du héros ». Ainsi donc, j’émets l’hypothèse fragile que cette conjonction entre les deux verbes relève tout autant de l’hendiadys qu’une conjonction entre deux substantifs.
En vérifiant les paroles du cantique, j’ai eu une déception : les paroles exactes disent « J’erre et j’entends » et non « j’aime et j’entends ». J’ai fantasmé un hendiadys sur une louange bucolique.
mardi 4 août 2009
Franz
samedi 1 août 2009
Les trois choix de la fête nationale
1. Véronique au bord du lac pour la soirée, et au bord du lit pour la nuit. Avec Véronique, pour vrai, on nique.
2. Chez les Persans zoroastriens, avec mon frère aîné.
3. Au concert de Julien L., minet romantique, finaliste d'un concours télévisé, et ami d'enfance de mon frère cadet.
Je n'hésite même pas.