Le sinistre oiseau est lié à ma vie.
Dans la mythologie de ma mère, c’est une famille de corbeaux qui me confièrent pour adoption à mes parents. Elle me racontait cela pour justifier mon surnom de Corbeau, et mes cheveux d’un noir d’encre. Les femmes elles aussi ont trouvé que j’avais le corps beau. Plus tard j’habitai la ville de Poe, errant de nuit dans les rues livrées au crime et à la misère, qui abritent encore sa maison comme un dernier écrin authentique. Comme « The Raven », je suis doublement prophète, je viens percher solitairement sur un buste de Pallas vers minuit et je soupire après le baume de Gilead.
Or dimanche, je foulais à nouveau le même chemin, des champs du Seigneur aux terrains de football. Comme je quittais, mauvais, l’Eglise, un ample corbeau survola lentement ma voiture, les ailes déployées et la tête penchée. Je le suivis du regard aussi longtemps que je le pus, je bus dans ses yeux en songeant que pour moi la candide colombe du Saint-Esprit avait été remplacée par le sinistre oiseau et que désormais, contrairement aux édits de Noé ou d’Apollon, le présage favorable serait revêtu de noir.
Et - corax non mendax - c’est ce qui se produisit. J’étais sur la 119, je chantais à tue-tête Je vous ai bien eus, mon Amazing Grace à moi, quand j’aperçus sur le bord de la route un corbeau déchiquetant une proie. J’en saisis l’augure. Vers la 70e minute un long centre dans la profondeur rebondit très haut à l’angle des 18 mètres. Je repris de volée du gauche - filet intérieur. Nous gagnâmes.
Mais quel rapport entre Mercure et le Corbeau, demandera le bon blogueur héroïque et paresseux ? Ils sont tous trois messagers des dieux.