vendredi 14 mars 2008

Le peuple demande du mensonge

Je me suis rendu compte que dans ce journal je ne racontais que des histoires authentiques. Je te rappelle ce que je t’ai dit il y a longtemps, blogueur héroïque : en société, je mens de façon descendante. Ici, nul besoin. Je me voile un peu, par pudeur, par vanité, par principe.

Mais on me fait une demande. Le citoyen veut plus de confessions, les aveux d’un menteur. Il veut me voir à genoux, raconter toute la vilénie d’un mensonge débité les yeux dans les yeux, la noirceur d’une âme qui trompe froidement, la cruauté de l’homme qui vend ses fallaces, la petitesse du personnage qui n’affronte pas ce qu’il est, qui n’assume pas ce qu’il fait. Qu’as-tu dit à ta femme, ta maîtresse, ta mère, ton employeur, le douanier, le facteur, la crémière et ton éditeur, quand tu es allé furtivement retrouver cette belle slave en milieu de semaine sur l’autre continent ? As-tu des complices ? As-tu honte ? As-tu peur ? Comment effaces-tu les traces ? Et ceux qui veulent te joindre ? Quels sont tes méthodes ? Est-ce que tu improvises ou est-ce que tu planifies ? Tes voyages inexistants, ces personnages fictifs dont tu inventes la biographie, ce livre que tu n’avais pas écrit, ces sujets dont tu parles devant des auditoires sans les connaître, cette langue que tu enseignais sans la savoir, cette course que tu as remportée sans être inscrit, ces équipes qui t’engagent sans te connaître, comment as-tu fait ? Arrives-tu à dormir la nuit, reconnais-tu la créature que tu vois dans ton miroir ?

Je comprends votre demande. Elle me coûte. Je ne mesurais pas la difficulté de la tâche, lorsque j’ai choisi l’intitulé de mon journal. Je préférerais me promener nu que de m’interroger moi-même sur l’instant précis où mon esprit et mes yeux disent noir et blanc. Vous ne me demandez rien de moins qu’un regard impitoyable sur mon identité, ce que je ne veux pas voir en dehors d’une fiction commode et rassurante que j’invente, développe et complexifie au fur et à mesure, dans le mensonge et la vérité. Il faudra d’abord que nous nous accordions sur le caractère illusoire de l’identité. Ou après peut-être ? Commencerons-nous par l’anecdote ?