J’ai une vie passionnante, et je vous en fais héroïquement le récit aujourd’hui.
J’ai acheté une cafetière. Italienne, bien sûr, fière et bien roulée. Je voulais organiser un duel entre mes deux cafetières. J’ai donc méticuleusement compté la même quantité d’eau et de café. Puis, j’ai placé l’une – que j’appelai Pasithée – sur la plaque de gauche, et l’autre – Nausicaa – sur la plaque de droite. Je lançai les plaques dans le même temps, des mes mains gauche et droite.
C’est Pasithée qui a gagné. Nausicaa jacula une trentaine de secondes trop tard.
Je suis fasciné par le café qui monte dans le conduit de la cafetière. Silence, grondement sourd, puis ce répit de quelques secondes avant les gémissements de l’or noir qui se projette le long des parois intérieures. A ce moment, une brève écume apparaît autour de la vis, présage épiphanique. Quand enfin cette mélancolie coule le long du tuyau érigé et emplit l’espace, je sens une forme de soulagement béat. Je supporte avec condescendance le râle final, dernière expression volontaire de l’engin, qui regrette trop tard de s’être livré.
Je vous l’ai dit, ma vie est passionnante.