lundi 30 juin 2008

Les erreurs amoureuses

Victor Hugo disait du Mont-Blanc :

Il tresse le bleu Rhône aux cheveux d'or de l'Arve

Le poète de la Légende des siècles avait raison, l’Arve est fauve, mais, comme la photo le prouve, Dieu la voit bleu azur. Son trop grand amour doit l’induire en erreur sur notre compte.

Et Pétrarque disait :

Voi ch'ascoltate in rime sparse il suono
di quei sospiri ond'io nudriva 'l core
in sul mio primo giovenile errore

Je vais donc vous raconter une errance amoureuse avec une fille aux yeux bleus et aux cheveux d’or, dans une boucle de l’Arve.

Cela se passait exactement ici, au lieu dit « Le Bout-du-Monde », si propice, en cette chaude soirée d’été, à assouvir mes inclinations pour le sentimentalisme et l’érotisme topographiques.



Nous sortions, l’Archange et moi, d’un film idiot et gai projeté en plein air dans le formidable écrin du Lac Léman. Une jeune cohue, des yeux rieurs, les phares coruscants dans la nuit, les cris allègres qui déchirent la moiteur de l’été, tout cela avait fait sourdre en nous des envies tenaces. Nous cherchions un lieu, ici, maintenant. Nous avons frôlé, avides et gênés, les buissons du parc La Grange, encore trop fréquentés à la minuit. Je l’ai finalement entraînée dans le lieu qui, dans ma tête, attendait depuis toujours ce moment, je l’ai conduite au Bout-du-Monde.

Nous avons erré en quête d’une cachette. La nuit était favorable : enveloppante et parsemée d’étoiles, l’air était faste : doux, caressant. Le méandre de l’Arve, serti de falaises (D), adoubait d’onde maternelle ce rempart rupestre. On sentait l’herbe, la terre, l’eau proche. Des bruits épars brassaient l’air. Au loin, le vieux Salève suivait d’un œil goguenard nos pas fouineurs.

Je marchais sur les traces de mes rêves passés, dont il ne manquait que celui d’aujourd’hui. L’odeur du gazon était la même, la puissance du désir, l’élan, l’attraction irrésistible vers le but, l’extase. Les chemins ne sont jamais les mêmes, pourtant. Nous le parsemions cette fois-ci d’un peu de tâtonnements, d’indécision, de timidité.

Elle ne s’est jamais rendu compte que j’avais couru comme un fol ici. Quelle exaltation me prenait quand je caressais les ondulations de la plaine en prenant en pleine face ses odeurs limoneuses. Je lui ai raconté modestement qu’ici (B), j’avais marqué le but décisif d’une finale universitaire, d’un dribble chaloupé et d’une patate en pleine lucarne. Elle n’a pas compris que ce jour-là j’avais été Dieu, un dieu ému.

Nous avons traversé la pleine turque (A), où je jouais encore deux fois la semaine avec les bouillants mâles de la subméditerranéenne. J’ai souri en sentant encore dans mes muscles les courbatures de la veille.

Nous avons fini sous le dôme de quelques arbres (C), alors que nous entendions encore par intermittence les voix de jeunes gens assis en cercle (E). Elle s’est couchée, a ri un peu et s’est ouverte à moi.

Un sentiment de complétude m’a envahi quand le Bout-du-Monde a pénétré lentement, comme dans un cataclysme, l’Origine du Monde et que, tellurique en va, cosmique en vient, je fixais émerveillé ses yeux bleus et ses boucles d’or.

vendredi 27 juin 2008

Locus et sexus

J’écoutais Michel Serres dire que le lieu, étymologiquement, c’est le sexe de la femme. S’approprier un lieu, c’est y déposer ses fluides. A suivre.

(Ernout et Meillet, Dictionnaire étymologique de la langue latine)

mercredi 25 juin 2008

Hé hé yark yark yark (annonce)

Mendax, cet être labile, menteur, trompeur, hypocrite, dissimulateur et j’en passe, a le plaisir jésuitique de vous informer qu’il tiendra dans quelques jours, quelque part, une conférence publique et universitaire sur le sujet du mensonge et de l’hypocrisie.

lundi 23 juin 2008

Maintenant

Certes, on s'est fait baiser au foot

Mais Genève fout encore




Hier

Certes, débandade au foot.

Mais la Suisse bande encore !

dimanche 22 juin 2008

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samedi 21 juin 2008

Wer nur den lieben Gott lässt walten

Chers amis, je vous invite au concert dirigé par mon petit frère cet après-midi, 15h30, au temple de la Madeleine. Il y a trois cantates de Mendelssohn au programme, pour choeur et orchestre. Aucune excuse ne sera tolérée. En cas d'absence, je renierai votre race soixante-dix-sept fois sept fois. L'entrée est libre, mais je vous aurai à l'oeil au moment de l'obole volontaire. Et si vous n'applaudissez pas avec enthousiasme, je vous fracasserai la gueule à coups de pompes.

lundi 16 juin 2008

Lames

Ma mère mangeait au coin de la table. J’ai réchauffé mon assiette, et je suis monté manger sous mon toit.

Il y a des jours où je me sens comme une créature aux bras multiples, dont chaque main enfonce un poignard létal dans le cœur d’êtres débonnaires. De fines lames qu’ils ne sentent pas pénétrer, sinon par un petit picotement chaud qui précède une douleur lancinante. J’esquive leurs yeux innocents et surpris, dont les pupilles désespérées se chargent d’amour déçu. Comme j’ai déjà tourné les talons, leurs regards plantent dans mon dos les haches monstrueuses de la culpabilité, et ainsi bardé de ce fardeau, je quête follement un bonheur nouveau.

jeudi 12 juin 2008

Sans les mains

J’ai quelques records personnels concernant des choses faites sans les mains. Ainsi, dans le Mississippi, en 1997, j’ai conduit pendant 19 kilomètres sans les mains. J’utilisais les genoux pour doubler et me rabattre. A Genève, j’ai aussi fait le trajet université-maison à vélo sans jamais toucher le guidon des mains. Cela fait 2,5 kilomètres, mais l’exploit, vous vous en doutez, réside dans le fait d’affronter les virages serrés, les rails du tramway, les pentes, la circulation. J’avoue que je l’ai fait de nuit, avec un trafic minimal. Au temps lointain de mes solides convictions religieuses et de mes aspirations à la pureté, j’avais tenté de relever le défi de mon camarade espagnol catho-fascisant qui avait tenu, comme le Christ dans le désert, quarante jours sans recourir à sa main. J’ai été battu lamentablement, et je ne peux donc pas vous donner le chiffre officiel, que j’ai oublié.

mercredi 11 juin 2008

Euro foot 2008

Je suis en Suisse pour l’Euro. Je ne résiste pas à l’envie de balancer quelques clichés. Plaisir de voire une ville effervescente et colorée. Très rouge, d’ailleurs : Suisses, Tchèques, Portugais, Turcs, Espagnols, Autrichiens et l’orange hollandais. Les couleurs du supporter est vif, pétant. Celui-ci est souvent vif, pétant et rotant. La face du supporter idiot est en lame de couteau. Son unique neurone frappe ses parois crâniennes en rythme avec son bras qui se tend. Le supporter moins idiot est rondouillard. Y a de la musique, des percussions, des chants, et surtout des foules. Outre éternuer, j’adore la foule, j’adore être perdu dans une plèbe qui agit à l’unisson. Le bon supporter communie. C’est assez étonnant ces Portugais qui lancent la main au Turc de l’autre côté de la rue, ces Suédoises l’autre jour qui m’offrent une Carlsberg en parlant fort comme des hommes et l’Italien qui allait se payer une pute pour oublier l’humiliation. J’ai vu tous les matches jusqu’à présent, sur la plaine, dans les bars, chez des amis, en ermite chez moi. Impression mitigée, jusqu’à présent. Mais je retiens le formidable Van Bronckhorst.

Rouge

Aujourd’hui, je traverse Montréal en zigzags ; je ne m’arrêterai pas chez toi. C’est pour toi que j’y suis venu, par toi que je l’ai aimée, avec toi que j’y ai perdu la tête, et mes dernières certitudes. Je ne m’arrêterai pas dans ton nouveau chez toi, que tu as acquis en m’y réservant une place, et que je rêve toujours de découvrir. Je regarde défiler, le cœur gros, les lieux qui n’ont de sens que par nos éclats de rire et nos gestes passionnés. Je passe devant l’hospice de notre premier baiser, ma première trahison. Tu as cueilli ma première jouissance en gravant dans ta mémoire la sensation de sa douceur infinie et l’image de mon sourire hébété. Je ne m’arrêterai pas dans cette rue que je devine au loin, où tu marchais comme une pure silhouette alors que je m’amusais souvent à prendre quelques pas de retard pour te regarder évoluer.

J’irai directement à l’aéroport, où tu ne m’attends plus comme au temps où nos chantions ensemble les jours heureux. Te souviens-tu ? La première fois que tu m’as vu, j’y serrais stupidement mon passeport rouge vif, incapable de dire le moindre mot. Tu étais rouge intensité, rouge révolution, rouge russe. J’avais rêvé de toi depuis mes 10 ans, quand j’allais chaque soir te chercher au loin, au-delà du mur.

Demain, cela fera plus de trois mois que je ne t’ai pas répondu, et cela fera cinq ans que tu m’écris toujours à cette date. Je vais espérer.

lundi 9 juin 2008

samedi 7 juin 2008

Départs

Encore partir
Encore se déchirer

Encore télescoper violemment les mondes dans ma tête.

N’être finalement nulle part

N’être à personne entièrement

N’être que passage, transitions

En souffrir Mentir Nécessairement

jeudi 5 juin 2008

Heureux qui comme Ulysse

Après 20 ans d’errance, Ulysse retourne à Itaque. Je me demande bien pourquoi Homère se tait dès ce moment.

Les sirènes, Polyphème, Circé, les enfers, Calypso, Charybde, Scylla, Nausicaa-la-cafetière, oui, ça se raconte.

Mais la douce vie entre le vieux Laërte, la tendre Pénélope et le vigoureux Télémaque, dans le giron de la patrie : rien.

Tant mieux après tout.