Pour elle, j’aurais dû être le postier ou l’instituteur local. Elle n’a jamais accepté mes réussites, « c’est de l’orgueil ». Elle n’a fêté aucun de mes diplômes, titres, nominations. J’ai fini par ne plus en faire cas. Je me souviens être rentré chez moi, un jour, après avoir remporté un concours, qui m’avait coûté tant d’efforts et fait tant plaisir. Elle était au téléphone, elle s’était à peine enquise d’un geste du résultat, et elle s’était lancée de plus belles dans son activité prosélyte. J’étais un pot de fleur, un pot de fleur couronné ; j’étais resté dans la cuisine longtemps sans rien dire, sans rancune, profitant d’un succès qui ne se partage pas. Depuis, je les garde pour moi, je range les papiers officiels dans un tiroir, et je n’y pense plus.
Avant de raccrocher, à l’instant, elle m’a demandé de me mettre à genoux. Ce dont elle ne se rend pas compte, c’est que même mes succès portent sa marque : je les ai accomplis sans orgueil, sans y croire, sans illusion sur leur valeur. Juste pour me donner les moyens d’emmerder un monde que je n’aime pas, et de réduire sa capacité à m’emmerder.
Pourtant, quand le carton de livres portant mon nom, était arrivé, au printemps passé, elle m’avait téléphoné : « Tu as reçu un paquet de livres ». Mais sans rien me dire, elle en a soustrait un que j’ai vu sur son lit un soir.
Avant de raccrocher, à l’instant, elle m’a demandé de me mettre à genoux. Ce dont elle ne se rend pas compte, c’est que même mes succès portent sa marque : je les ai accomplis sans orgueil, sans y croire, sans illusion sur leur valeur. Juste pour me donner les moyens d’emmerder un monde que je n’aime pas, et de réduire sa capacité à m’emmerder.
Pourtant, quand le carton de livres portant mon nom, était arrivé, au printemps passé, elle m’avait téléphoné : « Tu as reçu un paquet de livres ». Mais sans rien me dire, elle en a soustrait un que j’ai vu sur son lit un soir.