Je suis allé croquer une salade à côté, une femme, à dix heures dix, s’est mise à me croquer, discrètement, j’ai fait semblant de rien, puis elle a refermé son calepin et est repartie, je me suis demandé si elle me volait quelque chose, j’ai conclu que non.
mardi 25 janvier 2011
lundi 10 janvier 2011
Ca repart fort
Voilà, c’est reparti. Reprendre l’avion, mourir un peu plus.
Je me suis couché à vers 1 heures 30 du matin, j’ai mis le réveil pour 3 heures 30, l’Aveugle vient me chercher à 5 heures 30, l’avion part à 7 heures 30.
J’étais étendu sur le dos, probablement nu, une présence à mes côtés, nous mourrions. Je voyais des petites brèches saignantes dans mon corps, par lesquelles ma vie s’échappait. Je tentais de contenir l’écoulement du sang et de ma vie, en bouchant naïvement avec mes doigts les funestes orifices. Je n’y pouvais pas grand-chose, mais qu’avais-je d’autre à faire en ces lourds moments ? Je veux vivre encore, je ne veux pas quitter ceux que j’aime, je cherche des sursis, une chance de me rattraper, je veux encore, encore, encore.
Et puis soudain une brèche a éclaté, quelque part dans ma jambe, le sang a jaillit à grands flots, j’ai su qu’il n’y avait plus rien à faire, je me sentais partir, horrifié, ma tête tournait et tout devint flou, ouaté, lourd, très lourd. Je partais le premier, je me suis tourné vers la droite, j’ai crié ce que je n’ai pu dire de toute ma vie, « je t’aime », puis : « dis que je les aime à tel, à telle, à ceux de Carouge, à mes frères, à telle, tel, … », une liste que je n’ai pu hélas terminer.
Je me suis réveillé avec des jambes de plomb, effaré. J’ai dit au revoir à ma mère, que je n’ai pas osé embrasser, et que j’ai laissée seule dans la rue noire et déserte, à me voir partir alors que la mort sonne à la porte pour elle, à n’arriver à faire que des gestes dérisoires pour masquer l’angoisse de toutes ces déchirures. J’ai dit au revoir à l’Aveugle, dans le parking de l’aéroport, en serrant ses mains dans les miennes, à vouloir dire « je t’aime », sans réussir, encore une fois.
Je repars comme on met son doigt sur le sang qui pisse.
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