La Diplomate est une des trois femmes les plus intelligentes avec qui j’aie rompu le pain et le bâton. Nous avons bu, vendredi, un verre au Demi-Lune. Elle a pris un Pastis, moi une Calvinus blanche. Conversation enjouée, argumentation au cordeau. Puis je l’ai raccompagnée chez elle, longeant la rive gauche du lac jusqu’à son appartement-clocher. Vous connaissez le phénomène : plus que 500 mètres, 200 mètres, 50 mètres, 10 mètres. La voix perd de son assurance, le pas commence à chavirer, on se frôle par accident, on panique lorsqu’un silence troue le dialogue. A 25 mètres du but, rue de la Grenade, pris d’envie et d’angoisse, je me lance dans la théorie fumeuse décrite dans le texte précédent. Désastre, foirage intellectuel de grande dimension. Elle acquiesce du regard, sans rien comprendre. 10 mètres. Nous marchions lentement, nous arrêtant souvent, sans raison. Elle tente alors une explication d’une incohérence abyssale. J’ai souri intérieurement : nos pensées secrètes minaient désormais tous nos discours. La débandade de nos esprits avait révélé à quoi nous pensions, mais nous n’avons pas osé, et nous nous sommes quittés là.
lundi 21 juillet 2008
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