Je suis allé avec l’Aveugle au cimetière. J’allais lui montrer la tombe de mon père, mais nous enterrions en fait notre amour. Bien sûr, nous l’enterrions vivant et je me suis rappelé que dans les jours qui suivirent l’ensevelissement de mon père, je tendais l’oreille devant le modeste sépulcre, espérant que quelque chose pût vivre encore là-dedans.
Il y avait ce dur soleil d’hiver, qui heurtait les marbres. Il autorisait probablement à quelques ombres méritantes de repasser furtivement le Styx. Les arbres semblaient résister à tout, ils devaient savoir que, comme le symbole, ils supportaient le poids de la permanence.
Nous marchions lentement, selon l’esprit du lieu, errant un peu parmi ces histoires réduites en épitaphes. Elles peinaient à nous distraire de la sinistre inscription que nos pas tristes et nos mains timides étaient en train de graver.
Nous pensions en silence qu’il était si absurde d’enterrer quelque chose de si vivant ; nous espérions secrètement que le futur verrait sourdre la vie sous la pierre ou le bois.
Nous avons regardé les saules. Ils avaient tête de Méduse. Nous avons figé.