mercredi 13 mai 2009

Rédemption mineure

Miracle, cet autre mercredi, mon autre frère est venu avec moi dans la même salle de concert.

Ce fut comme une petite guérison.

Nous avons écouté du funk, il m’a tout expliqué.

C’était simple, c’était bon.

Il y avait une raison à être là.

VIP de mon cul

Mercredi, j’ai reçu le premier pass VIP de ma vie. Je me le suis collé sur le cul, et j’ai pris place avec les autres parmi le public de base qui importait peu. Fuck the backstage, fuck les privilèges. Je connais bien la rock star, émergente ; j’ai fait de la pétanque avec lui, joué aux cartes, mangé du saucisson et lui ai écrit une recommandation. J’ai une amitié solide pour son père, qui m’a une ou deux fois sauvé la peau des fesses, et que j’ai même forcé à mentir, en suant. Aujourd’hui, la jeune pousse est dans le top ten du billboard américain. A quelques pas de la scène, sous les hauts parleurs hurlants, je regardais l’œil vague la furie des spots, des rythmes hip hop, des déchirements métal, la masse compacte des corps déchaînés, ces offrandes de chairs palpitantes, lorsque mon esprit mélancolique s’est envolé ailleurs, car ce même jour, de l’autre côté de l’océan, mon petit frère entamait un Mendelssohn, dans le silence de l’Eglise Saint-Germain, patron des pauvres. Je voyais les harmonies monter vers le clocher où gît le pigeon mort que nous avions découvert ensemble lors d’une exploration nocturne. Outre le pigeon mort, il y aurait la douce Aveugle, qui comprend mieux que personne au monde ce que signifie un défunt oiseau planant en surplomb des vitraux, mes robustes frères, une mère incapable de s’avouer la fierté qui l’habite, un père mort avant d’avoir pu être fier. J’imaginais aussi l’entrée discrète de cette femme, que j’avais vue, une fois, ouvrir timidement les lourdes portes d’un temple et s’asseoir comme un spectre sur un banc du fond, près d’une colonne, pour voir de loin son amant qu’elle perdait. Je sentais dehors, incrusté dans la pierre, l’esprit de la Silhouette que j’avais photographiée, lors d’une visite clandestine, devant le portique principal. Et tout en sentant de jeunes femmes quasi nues frotter, dans une transe indistincte, le dérisoire pass VIP qui ornait mon cul, je réalisais, une fois encore, que des personnes vraiment importantes pour moi partageaient des silences lourds et éloquents, dans un lieu sacré où je ne serais pas.