mardi 23 octobre 2007

Mensonge aristotélicien

Je mens quasi exclusivement en deçà. Feindre la conformité, quêter la vraisemblance pour couvrir mes déroutes de ce voile d’universel qui les rend crédibles, presque anodines. J’ai toujours trouvé un grand paradoxe dans ma carrière du menteur : une vie vigoureusement singulière, irréductible à une cohérence, productrice d’inventions sans lendemain, de réalisations uniques fruit de fêlures profondes ; et des mensonges fades à pleurer, tellement croyables parce qu’ils sont tellement communs. Si je commençais à dire toute la vérité, on se mettrait à croire que je mens. Alors, pour de stupides questions de lien social, il me faut réduire ma vérité aux dimensions étriquées de la doxa. Ainsi soit-il. C’est toujours moins pathétique que le mythomane qui doit s’inventer une vie pour supporter la petitesse de la sienne.