mardi 1 juin 2010

Premier de l'an: vérité

Je n’ai bien évidemment pris aucune résolution de ne point mentir. Pourtant, au premier de l’an, j’ai chié d’un trait une multitude de vérités. Je lui ai dit que j’étais un menteur, que je fuyais, que je cultivais l’obscur, que j’aimais faire l’amour sans aimer, que je recherchais ce qui révulse, que j’appétais l’échec, que je désolais qui voulait s’attacher, et bien d’autres choses, avec une petite citation de Montaigne pour faire culture et saucer tout cela de véniel. Cadre supérieur dans la plus grande entreprise helvétique, un brin plus jeune que moi, elle m’a proposé de manger au brésilien de Nyon, alors que tout est plus ou moins mort dans la petite ville, un premier janvier. On a parlé de soi, et le mécanisme pervers s’est mis en branle : sauver le pécheur, qui parle avec tant de nuances de son péché, qui l’origine dans une histoire aux teintes sombres et butine même, çà et là, quelques métaphores qui donnent au mal la chaleur d’un ton orangé. Elle a donc décidé que cet accès de vérité du menteur était un exorde à la conversion, que les faiblesses du pécheur étaient les premiers pas de sa rédemption, et qu’elle serait par son cœur et son corps la médiatrice avide d’une telle guérison affective et morale. Elle m’a ramené au train dans sa BMW carotte, je l’ai plantée là brusquement, bien que je comprisse qu’elle eût déjà voulu christiquement tenter d’étendre ses bras insatisfaits vers le pécheur.

J’étais presque fier : une journée à ne proférer que l’authentique, et obtenir sans dissimuler et sans m’en saisir, une coucherie sans sentiment.