lundi 28 avril 2008

SMS

Bienvenue à la minute idiote.

Si la lecture vous prend plus d’une minute (majeur), vous serez remboursés.

Voici le SMS qui m’a le plus fait rire de toute mon existence (du Cid).

Je l’ai reçu à l’aéroport de Francfort (de café). Circonstances atténuantes, j’étais très fatigué (pied), ayant passé une nuit blanche à bosser avant de prendre l’avion. Et j’étais très troublé dans la tête. Ce qui n’a guère changé. Mais je m’égare (à toi). Après avoir posé le pied chez les Teutons, j’avais pondu à l’attention de mon petit frère ce délicat bijou :

« Je suis en train d’uriner ma race à Frankfurt ».

Inutile de dire que je ne tapais que d’une main.


Et voici sa réponse (Pilate) :



Par souci d’exactitude, je dois confesser que cette situation abstruse où je prends en photo mon propre téléphone se déroule dans la partie fermée des commodités (citron). Cela explique que j’aie cette fois-ci les deux mains libres. Dans le laps de temps entre mon message et la réponse, mes besoins organiques (ta mère) étaient passés de pile à face. Mais je m’égare (de triage).

Je ne vous dis pas, j’ai ri ma race pendant tout le temps de l’escale.

Vous ne trouvez pas drôle ? C’est que vous n’êtes pas allés à Confédération race. Je vous y inviterai si nous nous trouvons dans ma ville en même temps. Nous y bâfrerons, boirons et excréterons notre race, en toute amitié pantagruélique.

jeudi 24 avril 2008

Choc

Dans ce foutu pays d'exil, même le chocolat suisse n'a pas le goût de chocolat suisse.

Ce qui prouve que je crois toujours intuitivement à l'essence. Gros naïf, va !

mardi 22 avril 2008

Sublime

Il est des textes qui vous parlent comme un coup de foudre. Je lisais vendredi Du sublime, d’un auteur inconnu, mais attribué à Longin. C’est une de ces œuvres qui se sont frayé un chemin depuis l’antiquité et qui sont capables de murmurer secrètement à votre oreille une révélation percutante, sous des dehors presque naïfs. Bien sûr, il faut vouloir lire, et comprendre, partager l’amitié, sous les strates poussiéreuses du temps, d’un frère qui a pensé. Nous abandonnerons donc ici le blogueur qui se respecte à son quotidien héroïque.

Kairos, c’est le mot que cet ami mutilé m’a soufflé : le moment.

C’est le moment comme urgence, nécessité d’agir, mobilisation des facultés, concentration extrême des forces et de la volonté. Fruit d’une longue maturation, d’une intense appréhension, d’une incompréhensible rétivité, c’est le miracle d’une performance arrachée au refus. Toutes les peines connaissent leur rédemption dans cette pure extase et s’estompent dans la jouissance d’une maîtrise inespérée.

Surtout, dit l’auteur, ce sublime est immédiatement saisissable par qui y est exposé, et lui communique sa force d’exaltation, sa folie. L’adhésion est telle que l’âme spectatrice croit en être l’auteur, « comme si elle avait enfanté elle-même ce qu’elle a entendu » (VII, 2).

J’ai été profondément exalté en y reconnaissant cette radicale, maladive inclination à l’instant qui m’a tant fait souffert, mais qui, sans le moindre doute, m’a permis de jouir de si extraordinaires moments de sublime.

Vendredi, j’aurais pu écumer de joie en lisant mon frère mutilé, comme si la succion de sa plume ancienne recueillait l’encre noire aux rives de mon âme débordante, et je sais qu’on m’a écouté avec stupeur.

jeudi 17 avril 2008

Cloches

Vous savez ce qui me manque de ce foutu pays d’exil ? Ce sont les cloches. Entendre en se levant le chant assoupi des cloches qui vous dit : tu es à ma portée, tu appartiens à ce lieu, il est dimanche, les rues sont vides, les commerces fermés, les gens bien habillés, les têtes lourdes d’un long sommeil, les croyants frais et nets dans leurs habits à plis.

samedi 12 avril 2008

La Chute en avion

J’ai repris l’avion, et j’ai remis mon destin une fois encore au dieu du hasard.

A l’aéroport de Chicago, je jette un œil blasé sur ma carte d’embarquement :

Porte C 26, siège 26 C.

Le destin s’est mis en chiasme pour me prendre en charge.

Au moment d’atterrir, comme je balaye des yeux le ciel obscur, j’aperçois la trajectoire exactement parallèle d’un autre avion qui, à quelques centaines de mètres, chante et danse un souple duo avec nous. Je jouis de la beauté de cette synchronie. D’où vient-il ? Quel être aussi sensible que moi à ces harmonies imprévues me regarde en ce moment ? Le train des deux bêtes touche le sol au même moment.

Pendant le vol j’ai lu La Chute. Oui, je sais, ce n’est pas malin de lire La Chute en avion. S’il venait au destin l’envie de me prendre pour Icare… Vous savez, le destin passe son temps à s’amuser à fouiller dans le réservoir infini des coïncidences. Heureusement ce soir-là il préférait les miroirs et les chiasmes. Cela aurait été fort, néanmoins, que l’avion chutât. Malheureusement je n’aurais pas été en mesure de vous le dire. Au moins un qui a réussi à donner un sens (vertical) à sa mort, eussiez-vous pensé ! Vous auriez souri à mon drame, en pensant plus à l’ironie qu’à la douleur de ma mère qui y eût vu un châtiment divin. Mais je m’égare dans ce dédale.

Le bon blogueur héroïque (et qui se respecte) ne le sait probablement pas : ce texte de Camus est en quelque sorte le journal d’un menteur. Je lui en livre quelques extraits qui pourraient servir à ma défense dans le procès que sa bonne tête morale m’intente.

Le goût de la vérité à tout prix est une passion qui n’épargne rien et à quoi rien ne résiste. Si, donc, vous vous trouvez dans ce cas, n’hésitez pas : promettez d’être vrai et mentez le mieux possible. Vous répondrez à leur désir profond et leur prouverez doublement votre affection

Voyez-vous, une personne de mon entourage divisait les êtres en trois catégories : ceux qui préfèrent n’avoir rien à cacher plutôt que d’être obligés de mentir, ceux qui préfèrent mentir plutôt que de n’avoir rien à cacher, et ceux enfin qui aiment en même temps le mensonge et le secret. Je vous laisse choisir la case qui me convient le mieux. Qu’importe après tout ? les mensonges ne mettent-ils pas finalement sur la voie de la vérité ? Et mes histoires, vraies ou fausses, ne tendent-elles pas toutes à la même fin, n’ont-elles pas le même sens ? Alors, qu’importe qu’elles soient vraies ou fausses si, dans les deux cas, elles sont significatives de ce que j’ai été et de ce que je suis. On voit plus clair dans celui qui ment que dans celui qui dit vrai. La vérité, comme la lumière, aveugle. Le mensonge, au contraire, est un beau crépuscule, qui met chaque objet en valeur.

Je vous dirai bientôt pourquoi je lisais ce texte. J’étais invité à un duel avec un adversaire redoutable.

dimanche 6 avril 2008

Rêve de retour

J’ai tendu ma main vers eux pour prendre les clés et j’ai soudainement reconnu le trousseau. J’ai levé les yeux : elle était là, parmi les miens, et mon cœur a flanché, j’ai vacillé une première fois. Elle m’a souri, je lui ai souri, et j’ai reconnu cet indéfectible entre nous. Elle s’est levée, nous nous sommes embrassés, et je suis parti d’un torrent de sanglots que je n’ai pu retenir. Elle me consolait avec douceur, nous nous comprenions muettement.

Songe-mensonge ? Je me pose avec intensité la question depuis ce matin, et je vous l’avoue, je veux croire qu’il est vrai.