Il est des textes qui vous parlent comme un coup de foudre. Je lisais vendredi Du sublime, d’un auteur inconnu, mais attribué à Longin. C’est une de ces œuvres qui se sont frayé un chemin depuis l’antiquité et qui sont capables de murmurer secrètement à votre oreille une révélation percutante, sous des dehors presque naïfs. Bien sûr, il faut vouloir lire, et comprendre, partager l’amitié, sous les strates poussiéreuses du temps, d’un frère qui a pensé. Nous abandonnerons donc ici le blogueur qui se respecte à son quotidien héroïque.
Kairos, c’est le mot que cet ami mutilé m’a soufflé : le moment.
C’est le moment comme urgence, nécessité d’agir, mobilisation des facultés, concentration extrême des forces et de la volonté. Fruit d’une longue maturation, d’une intense appréhension, d’une incompréhensible rétivité, c’est le miracle d’une performance arrachée au refus. Toutes les peines connaissent leur rédemption dans cette pure extase et s’estompent dans la jouissance d’une maîtrise inespérée.
Surtout, dit l’auteur, ce sublime est immédiatement saisissable par qui y est exposé, et lui communique sa force d’exaltation, sa folie. L’adhésion est telle que l’âme spectatrice croit en être l’auteur, « comme si elle avait enfanté elle-même ce qu’elle a entendu » (VII, 2).
J’ai été profondément exalté en y reconnaissant cette radicale, maladive inclination à l’instant qui m’a tant fait souffert, mais qui, sans le moindre doute, m’a permis de jouir de si extraordinaires moments de sublime.
Vendredi, j’aurais pu écumer de joie en lisant mon frère mutilé, comme si la succion de sa plume ancienne recueillait l’encre noire aux rives de mon âme débordante, et je sais qu’on m’a écouté avec stupeur.
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