jeudi 4 juin 2009

Fragment de plaisir

En remontant vers minuit de longues avenues à vélo, je me demandais s’il pouvait désormais encore exister, pour moi, de plaisir sans dissimulation et sans danger. C’est la nécessité qui les a liés, il y a bien longtemps déjà. J’ai cru que l’intensité et l’inconfort dans lequel j’y accédais nuisaient au plaisir plus qu’ils ne le favorisaient, or je pense maintenant qu’ils le constituent. Je me demandais aussi quels plaisirs simples me restaient, de ceux qui ne consisteraient qu’en un élément, et qui absorberaient l’entier de ma capacité de jouissance. De ceux qui me permettraient de me percevoir un et entier, non pas un être dissocié. Je n’ai pas voulu trop pousser la réflexion, et je me suis laissé à ce vieux plaisir qui m’a toujours accompagné : laisser couler mon vélo doucement dans la pente, étendre mes mains en laissant le vent soulever mes cheveux et sentir la présence familière de la nuit, tout en ne pensant à rien, dans un pur état d’abandon.