Le désir d’aventures mène partout, même en banlieue. J’avais trouvé très exotique d’entreprendre charnellement une fille suburbaine dans sa chambre qui fut son antre d’adolescente ; elle semblait garder encore, parmi les décorations aux motifs champêtres, les odeurs de ses rêves convenus, nourris pas un confort épais. Le silence oppressant des tondeuses à gazon qui dorment la nuit, la moto lointaine d’un rebelle périphérique, quelques effluves artificiels provenant d’un arrangement jardinier, et un père ronflant à l’étage en-dessus, m’avaient plongé dans un monde nouveau, que j’explorais avec une certaine délectation. C’est ce que j’appelle une relation contextuelle, dans laquelle la jouissance physique devient l’épiphénomène d’un vaste tressaillement mental. Malheureusement, en raison d’un bagage suspect à Heathrow, mon vol a été retardé pendant trois jours. C’est ainsi, que je me suis vu, un matin où le soleil baignait avec mansuétude les dessins identiques d’un quartier de la rive sud, assis en bras de chemise sur un perron, les pieds nus, le short fripé, une grosse tasse de café filtre à la main, à contempler l’ennui d’un œil morne. Et quand a passé le facteur, de maison en maison, j’ai joui comme une bête devant l’intensité du spectacle, dont j’étais un acteur provisoire et hilare.
mercredi 24 juin 2009
Lieu de bannissement
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