En quelque sorte, oui. Une maison, ça n'a pas d'âme, c'est une chose qu'on possède. On peut donc s'approprier une femme, et c'est cela que je trouve choquant.
La psychanalyse (néo)freudienne en littérature me fait généralement cet effet. Très souvent machiste (et généralement européenne), elle se limite au stricte point de vue de l'homme. La femme est presque toujours assujettie.
Et comment une femme s'approprie-t-elle un lieu ? Elle écarte ses jambes et attend ?
(je précise, je ne suis pas fâchée, seulement, je ne peux pas être d'accord avec cette vision des choses, réductrice et culturellement marqué).
Circé, je n'ai rien contre les opinions et les coups de gueule, bien au contraire. Je parlais pour ma part du lieu de façon générale, en pensant d'abord au lieu comme inscription dans une réalité, conscience d'être au monde, dans un lieu, à un moment donné, dans des circonstances particulières. Je me suis appuyé sur l'étymologie et il faut reconnaître que les mots ont une histoire sexiste qui ont tendance à perpétuer des dichotomies du genre homme-actif-fécondant-chaud et femme-passive-génératrice-froide etc. C'est un débat complexe, tout ce qui est sexiste n'est pas forcément erroné, le problème c'est quand des connotation sexistes rentrent dans une rapport de force. Pour ma part, le lieu - entendu dans ma définition ci-dessus- est fortement sexualisé, dans le sens qu'il sacralise un moment, le rend unique, chargé. Le sexe est un moment d'exaltation, tentative de cristalliser le sentiment d'existence dans une action et pour moi cette jouissance ne me semble possible que dans une conscience exacerbée d'un lieu qui accueille cette action. Mais il n'y a pas que le sexe qui permet de m'appropier un lieu: il y a la musique, les odeurs, la marche, les pleurs, les angoisses, etc.
Ceci dit, je reconnais que le couple locus/sexus (je n'ai pas encore percé les détails de cette étymologie) est vraisemblablement fondé sur une conception de la femme comme terre à fertiliser. C'est sexiste, mais pas uniquement sexiste.
Je te renvoie ta question: comment t'appropries-tu un lieu ?
L’histoire des mots est à l’image de l’histoire des peuples qui les utilisent. Considérant la place de la femme dans l’histoire occidentale (tenons-nous en à celle-ci), il n’est pas surprenant que la langue, objet culturelle fortement marquée, soit discriminante pour la femme.
L’erreur serait, lorsqu’on en prend conscience, de perpétuer le message. L’exemple de la féminisation des titres l’illustre bien (ainsi que les résistances que cette simple mesure rencontre dans la francophonie). Et nous n’en sommes pas encore à modifier la règle d’accord qui affirme que le masculin l’emporte !
Tu me dis que tout ce qui est sexiste n’est pas nécessairement sexiste, et de cela je peux être d’accord, l’établissement d’un rapport de force servant alors de baromètre pour juger de la chose. Mais je te renvoie à un texte écrit par Zed http://airfou.blogspot.com/2008/07/troisimement-en-pices-dtaches-avant-de.html qui démontre assez bien les dangers sous-jacents à la notion d’équivalence (plutôt que d’égalité). Le souci, c’est que de trop nombreux rapports de force se cachent dans les petits détails qui, réunis, finissent par devenir des énormités. Il faut demeurer vigilant.
Pour en revenir à ta définition de lieu, en lien avec la sexualité – sur ce point, on se rejoint entièrement et je n’aurais su mieux dire. S’approprier un lieu peut effectivement être un acte profondément sexualisé.
Dans ce cas, la question des fluides dérange, car il existe de nombreuses façons de faire l’amour, même pour l’homme.
L’autre aspect qui dérange encore plus est la notion d’appropriation (en lien avec la propriété, la possession). Or, est-il possible d’investir un lieu sans lui associer cette notion de propriété ? Dans ce cas, le lien entre la sexualité et l’investissement d’un lieu s’engage, il me semble, sur un tout autre niveau, beaucoup plus riche, non ? Car l’investissement personnel peut se réaliser de nombreuses façons, en modifiant l’environnement, en la respectant, en l’embellissant, et surtout, en l’ouvrant aux autres. Et le lien avec la sexualité est respecté, puisqu’on peut s’investir dans la relation avec l’autre autant que dans la relation avec un lieu.
Remarque, l’association locus et sexus ne fait qu’augmenter en richesse sur le plan conceptuel, puisqu’il existe différents rapports sexués, allant de la possession (par les fluides ou autrement) à l’investissement, et même à la violence ou à l’indifférence.
Merci, au contraire, pour ce long commentaire. Ici, on peut s'étendre de tout son long. La langue est probablement une des choses les plus difficile à changer, mais au Québec on avance plus vite qu'ailleurs, me semble-t-il. Je n'ai rien contre cela. Sur l'appropriation: je comprends ta réserve. On peut mettre de côté la question de la propriété - que je déteste aussi - et le comprendre comme "ce qui m'est propre". Bonne question, celle de la propriété. Ce qu'il y a de bien, précisément, dans un lieu, c'est qu'il n'appartient jamais à quiconque, c'est une notion immatérielle. On peut posséder une maison, un champ, mais pas un lieu. Un lieu s'offre à toutes les possessions, les circulations, je le vois simplement comme la rencontre d'une conscience et d'un topos.
Oui, j'aime bien ta dernière image (la rencontre d'une conscience et d'un topos). Merci de cette ouverture en tout cas ! Toujours un plaisir de réfléchir sur tes billets ! Circé
9 commentaires:
C'est pour ça que, dans la majorité des divorces, c'est la femme qui garde la maison.
Cause du divorce :
"... Ah le chien sale, il a pissé partout !"
Sans blague, ce genre de propos me fait dresser le poil sur les bras.
Je suis pas sûr de comprendre, ce qui t'indigne c'est l'assimilation de la femme avec la maison ou autre chose ?
Ark ! Une femme à poils ! La femme doit être lisse comme le marbre et mince comme une page de magazine. Hu, hu, hu.
Les chiens vivent sur ce principe.
En quelque sorte, oui. Une maison, ça n'a pas d'âme, c'est une chose qu'on possède. On peut donc s'approprier une femme, et c'est cela que je trouve choquant.
La psychanalyse (néo)freudienne en littérature me fait généralement cet effet. Très souvent machiste (et généralement européenne), elle se limite au stricte point de vue de l'homme. La femme est presque toujours assujettie.
Et comment une femme s'approprie-t-elle un lieu ? Elle écarte ses jambes et attend ?
(je précise, je ne suis pas fâchée, seulement, je ne peux pas être d'accord avec cette vision des choses, réductrice et culturellement marqué).
Circé, je n'ai rien contre les opinions et les coups de gueule, bien au contraire.
Je parlais pour ma part du lieu de façon générale, en pensant d'abord au lieu comme inscription dans une réalité, conscience d'être au monde, dans un lieu, à un moment donné, dans des circonstances particulières. Je me suis appuyé sur l'étymologie et il faut reconnaître que les mots ont une histoire sexiste qui ont tendance à perpétuer des dichotomies du genre homme-actif-fécondant-chaud et femme-passive-génératrice-froide etc. C'est un débat complexe, tout ce qui est sexiste n'est pas forcément erroné, le problème c'est quand des connotation sexistes rentrent dans une rapport de force.
Pour ma part, le lieu - entendu dans ma définition ci-dessus- est fortement sexualisé, dans le sens qu'il sacralise un moment, le rend unique, chargé. Le sexe est un moment d'exaltation, tentative de cristalliser le sentiment d'existence dans une action et pour moi cette jouissance ne me semble possible que dans une conscience exacerbée d'un lieu qui accueille cette action. Mais il n'y a pas que le sexe qui permet de m'appropier un lieu: il y a la musique, les odeurs, la marche, les pleurs, les angoisses, etc.
Ceci dit, je reconnais que le couple locus/sexus (je n'ai pas encore percé les détails de cette étymologie) est vraisemblablement fondé sur une conception de la femme comme terre à fertiliser. C'est sexiste, mais pas uniquement sexiste.
Je te renvoie ta question: comment t'appropries-tu un lieu ?
L’histoire des mots est à l’image de l’histoire des peuples qui les utilisent. Considérant la place de la femme dans l’histoire occidentale (tenons-nous en à celle-ci), il n’est pas surprenant que la langue, objet culturelle fortement marquée, soit discriminante pour la femme.
L’erreur serait, lorsqu’on en prend conscience, de perpétuer le message. L’exemple de la féminisation des titres l’illustre bien (ainsi que les résistances que cette simple mesure rencontre dans la francophonie). Et nous n’en sommes pas encore à modifier la règle d’accord qui affirme que le masculin l’emporte !
Tu me dis que tout ce qui est sexiste n’est pas nécessairement sexiste, et de cela je peux être d’accord, l’établissement d’un rapport de force servant alors de baromètre pour juger de la chose. Mais je te renvoie à un texte écrit par Zed http://airfou.blogspot.com/2008/07/troisimement-en-pices-dtaches-avant-de.html
qui démontre assez bien les dangers sous-jacents à la notion d’équivalence (plutôt que d’égalité). Le souci, c’est que de trop nombreux rapports de force se cachent dans les petits détails qui, réunis, finissent par devenir des énormités. Il faut demeurer vigilant.
Pour en revenir à ta définition de lieu, en lien avec la sexualité – sur ce point, on se rejoint entièrement et je n’aurais su mieux dire. S’approprier un lieu peut effectivement être un acte profondément sexualisé.
Dans ce cas, la question des fluides dérange, car il existe de nombreuses façons de faire l’amour, même pour l’homme.
L’autre aspect qui dérange encore plus est la notion d’appropriation (en lien avec la propriété, la possession). Or, est-il possible d’investir un lieu sans lui associer cette notion de propriété ? Dans ce cas, le lien entre la sexualité et l’investissement d’un lieu s’engage, il me semble, sur un tout autre niveau, beaucoup plus riche, non ? Car l’investissement personnel peut se réaliser de nombreuses façons, en modifiant l’environnement, en la respectant, en l’embellissant, et surtout, en l’ouvrant aux autres. Et le lien avec la sexualité est respecté, puisqu’on peut s’investir dans la relation avec l’autre autant que dans la relation avec un lieu.
Remarque, l’association locus et sexus ne fait qu’augmenter en richesse sur le plan conceptuel, puisqu’il existe différents rapports sexués, allant de la possession (par les fluides ou autrement) à l’investissement, et même à la violence ou à l’indifférence.
Désolée de ce très très long commentaire ;)
Merci, au contraire, pour ce long commentaire. Ici, on peut s'étendre de tout son long.
La langue est probablement une des choses les plus difficile à changer, mais au Québec on avance plus vite qu'ailleurs, me semble-t-il. Je n'ai rien contre cela.
Sur l'appropriation: je comprends ta réserve. On peut mettre de côté la question de la propriété - que je déteste aussi - et le comprendre comme "ce qui m'est propre". Bonne question, celle de la propriété. Ce qu'il y a de bien, précisément, dans un lieu, c'est qu'il n'appartient jamais à quiconque, c'est une notion immatérielle. On peut posséder une maison, un champ, mais pas un lieu. Un lieu s'offre à toutes les possessions, les circulations, je le vois simplement comme la rencontre d'une conscience et d'un topos.
Oui, j'aime bien ta dernière image (la rencontre d'une conscience et d'un topos). Merci de cette ouverture en tout cas ! Toujours un plaisir de réfléchir sur tes billets !
Circé
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