mercredi 11 juin 2008

Rouge

Aujourd’hui, je traverse Montréal en zigzags ; je ne m’arrêterai pas chez toi. C’est pour toi que j’y suis venu, par toi que je l’ai aimée, avec toi que j’y ai perdu la tête, et mes dernières certitudes. Je ne m’arrêterai pas dans ton nouveau chez toi, que tu as acquis en m’y réservant une place, et que je rêve toujours de découvrir. Je regarde défiler, le cœur gros, les lieux qui n’ont de sens que par nos éclats de rire et nos gestes passionnés. Je passe devant l’hospice de notre premier baiser, ma première trahison. Tu as cueilli ma première jouissance en gravant dans ta mémoire la sensation de sa douceur infinie et l’image de mon sourire hébété. Je ne m’arrêterai pas dans cette rue que je devine au loin, où tu marchais comme une pure silhouette alors que je m’amusais souvent à prendre quelques pas de retard pour te regarder évoluer.

J’irai directement à l’aéroport, où tu ne m’attends plus comme au temps où nos chantions ensemble les jours heureux. Te souviens-tu ? La première fois que tu m’as vu, j’y serrais stupidement mon passeport rouge vif, incapable de dire le moindre mot. Tu étais rouge intensité, rouge révolution, rouge russe. J’avais rêvé de toi depuis mes 10 ans, quand j’allais chaque soir te chercher au loin, au-delà du mur.

Demain, cela fera plus de trois mois que je ne t’ai pas répondu, et cela fera cinq ans que tu m’écris toujours à cette date. Je vais espérer.

5 commentaires:

Mek a dit…

Lu. Respect.

Mercurius Mendax a dit…

Merci !

Mercurius Mendax a dit…

Oh, j'ajoute: elle m'a répondu pour ma fête, il y a quelques jours, en buvant force Leffe, notre boisson fétiche.

Miléna a dit…

Je meurs de savoir qui est cette mystérieuse femme. Mais je ferai preuve d'abnégation et je ne te le demanderai pas.

Elle est la souche d'un très beau texte. J'ai beaucoup de respect pour les muses.

Roxanne a dit…

Le texte, en effet, est très très beau... touchant, triste, nostalgique, magnifique... m'a mis le coeur tout gros. Je dois être trop sensible.