lundi 15 octobre 2007

La romancière et le désastre

Tout le monde est malade autour de moi.

L’une vient de faire sa première dépression ; l’autre est au bord du suicide. Lui, bouffi de médicaments, exhale une paranoïa mesquine.

La première est là, absente. C’est-à-dire que son absence interroge tout le monde dans la salle aujourd’hui. Il manque de liant, il manque de bonté, de cette capacité à capter des étincelles de rire et de plaisir et de l’offrir comme en banquet aux convives découvrant allègrement dans le même temps leur faim et son rassasiement.

L’autre est à côté de moi. Nous écoutons ensemble cette romancière dévoilant sa bibliothèque et ses fétiches. Je pourrais la toucher. J’ai vu un résidu de larme à son œil. Elle m’écoute de très loin, je lui parle en sachant qu’elle ne m’entend pas, ou alors au travers d’un brouillard épais. Cette souffrance muette creuse en moi une impuissance cruelle.

Le troisième est au bout de la rangée, encore plus lointain, car il est désormais dans une logique belliqueuse, rejeté. Il projette à mes yeux l’accusation victimaire qui fait de nous des bourreaux. J’ai cru voir du sang cercler ses pupilles.

Le poids du malheur qui emplit cette pièce tranche avec la douceur de la voix de la jeune romancière qui nous parle. Ses cheveux ont l’ébène du poncif et ses lèvres sont troublantes d’intensité, étonnamment invitantes et pudiques. Elle est en train de s’excuser de faire de la littérature et ce paradoxe n’a aucun intérêt quand il émane de l’ovale italien de son visage, étreint par ses cheveux noirs infidèles, qui vont épouser en cascade les lignes fluides de ses épaules.

Elle parlait d’une chose qui ressemble vaguement à l’inspiration. Ses propos caressants qui semblaient vouloir porter consolation au désastre qui nous touchait ont porté. J’ai écrit pendant qu’elle parlait. En aimant le noir de ses cheveux, de ses yeux, de ses lèvres.

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