samedi 5 janvier 2008

Le mot et le mamelon

Il y a quelques semaines de cela, je passais la dernière nuit avec celle que j’ai toujours aimée.

Puis, le matin, elle m’emmena au terminus de bus.

Il faisait beau, grand soleil.

C’était dimanche matin.

Allez, je t’emmène à l’aéroport, me dit-elle.

Nous glissions sur la longue autoroute sans âme, sans beauté, sans sentiments.

Nous avions le cœur lourd, nous avions peine à parler.

Soudain, elle me dit :

- Tu sais que tu as parlé cette nuit ?

- Non

- Tu as dit un seul mot, très fort.

L’angoisse m’a saisi, mais je devais lui demander.

- Lequel ?

- Female

J’étais abasourdi. Certes, on savait tous deux que je partais pour cette raison : d’autres aventures. Mais que je puisse expulser un tel vocable, si cru, si désincarné, si taxinomique, et en anglais de surcroît ! J’eus peur, j’ai peur encore, qu’elle ait pris pour vérité révélée cette trahison de mon inconscient. Mais il est des moments où l’exégèse est indécente, et nous laissâmes ce mot flotter à la recherche d’un sens, désemparés devant tant de cruauté produite par cette divinité absente qui cautionne l’ordre des choses.

La dernière image marquante fut les courbes du paysage, à l’approche de l’aéroport, qui dessinaient un mamelon obscène, érigé sous les avions lourds et gracieux en phase de décollage.

Moi le traître, tout me trahissait.

Je t’aime, indéfectiblement.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Il faut partir, quand on aime. C'est une sorte de loi non écrite. Probablement par le mensonge ou je ne sais pas.

Mais quand on part, c'est toujours pour revenir plus fort.

Miléna a dit…

Il faut partir quand on aime?
Pourquoi?

Anonyme a dit…

Je ne sais pas pour les autres, mais pour moi c'est une question de ne jamais arriver à m'y faire... Je ne me suis jamais habitué à l'amour. C'est comme si au niveau cellulaire, mon être y était incompatible.

L'amour fait peur.

C'est peut-être aussi une histoire d'être menteur... Non, disons comédien de la vie. Un bohémien qui voyage avec le vent du nord.

Je ne sais pas.

Pascal a dit…

Il ne manquerait plus que tu la rappelle et que tu te trompes de nom...

Mercurius Mendax a dit…

Pascal - ça ne m'est encore jamais arrivé. Il faut croire que ma conscience ne me fait pas souvent défaut, le vrai traître c'est l'inconscient.


Melt & Milène: sur la question du départ, je pense que chacun le vit différemment. Moi j'ai dans ma vie une histoire de départ fondateur: j'ai dû tout quitter pour survivre, pour exister en tant que moi-même. Mais en continuant d'aimer. C'était donc une façon de conserver un amour qui se serait transformé en haine si j'étais resté.
Depuis, je reproduis ce départ régulièrement, probablement que je me suis mis à croire que partir sauvegardait la part la plus quintessentielle de l'amour, vouée à se dégrader dans une "relation".