dimanche 30 mars 2008

Eloge du gland

Le gland, comme on le sait, est chêne en puissance.
Certains êtres s’épanouissent dans l’accomplissement. Il leur faut se montrer chêne, triomphe de raideur, expansion maximale, production vigoureuse de sève ascendante, dissémination généreuse de fruits.
D’autres, rétifs, répriment furieusement en eux les poussées de l’entéléchie. Privée de son espace de réalisation, la puissance se condense au lieu de se répandre.
Ainsi, Aristote, bien qu’il se l’imaginât, ne put certainement jamais éprouver les délices d’être en puissance plutôt qu’être en acte. Son œuvre le prouve suffisamment. Mon œuvre, en revanche, prouve l’exact contraire.
J’ai cette jouissance, ce frétillement électrique et cette culpabilité narquoise de sentir, tout gland que je suis, ce chêne qui gronde en moi. Que je l’enferme ou que je le libère, c’est à ma discrétion.
Je suis donc un puissant glandeur ; j’en ai tiré inconsciemment une grande règle de vie : ne pas faire donne un pouvoir immense.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

J'adore.

Anonyme a dit…
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