Comment le dire simplement ? Elle me manque ce soir, la vie doit continuer sans elle, même si sans elle, elle est moins belle. Elle a traversé ma vie comme un météore, et moi la sienne. Et pourtant, je n’aurais pas parié un kopek sur la réussite de notre brève rencontre. Elle me disait ce dernier soir : « Grandir, c’est faire l’apprentissage de la perte ». Je l’ai cueillie au sortir de ses journées harassantes, qu’elle effaçait d’un sourire ; nous longions le lac, et parfois y plongions ; puis un jour, un autre, un troisième, elle m’a ouvert sa porte.
Je connais le trajet qu’elle fait chaque jour le long des quais, le rocher où elle s’arrête le soir, pour profiter du Léman ; je sais où elle pose son vélo, le code de son entrée, la façon dont elle guigne dans sa boîte aux lettres sans l’ouvrir. J’ai découvert son repère, qui la tient attachée à cette ville plus que tout. C’est l’appartement le plus formidable que j’aie visité dans la cité. Il tient du château et de la cathédrale, il a des parcours circulaires, des trapèzes, des triangles, des lignes horizontales et verticales, des courbes et des droites. Des poutres rythment l’espace d’une façon un peu dissonante, et j’adore ce petit tabouret accolé à la table, dans la cuisine, qui capte le dernier rayon de soleil, le soir. Je m’y suis assis en la regardant s’activer à réunir en mets les quelques éléments encore comestibles de son frigo. De temps à autre, elle s’arrêtait pour me parler, dans la diagonale, prenant le rayon dans le cou, qui la figeait en madone ou en princesse, grâce au halo qui naissait dans ses cheveux. Je cessais alors de cligner des yeux.
Son espace est divisé entre le public et le privé. La première fois que je suis rentré, elle a disparu quelque temps derrière la porte qui en constitue la démarcation sacrée. J’ai aimé n’être alors qu’un ami de passage, un profane qui ne pénètre pas plus loin. Elle m’a offert un petit verre d’alcool – « je te corromps » - que j’ai voulu prendre sous le clocher, qui s’érige, en écho du jet d’eau voisin, dans l’angle sud de son appartement. Je le regardais sans cesse, sans y croire. Je me suis couché sur le plancher, les yeux levés vers cette trouée mystique dans le plafond. Elle s’est mise à mes côtés et nous avons mordu dans la nuit en parlant de tout. Quand je m’étendais de tout mon long sur le dos, les mains derrière la tête, une fois : « si tu te mets comme ça, je vais te sauter dessus » - nous étions grisés. Elle croyait que nos vies se reflétaient comme dans un miroir ; elle se trompait, bien entendu, mais elle m’a quand même sauté dessus après minuit, timidement, presque furtivement, avant de me laisser partir sans que je puisse voir ce qu’il y a derrière la mystérieuse porte.
Son espace est divisé entre le public et le privé. La première fois que je suis rentré, elle a disparu quelque temps derrière la porte qui en constitue la démarcation sacrée. J’ai aimé n’être alors qu’un ami de passage, un profane qui ne pénètre pas plus loin. Elle m’a offert un petit verre d’alcool – « je te corromps » - que j’ai voulu prendre sous le clocher, qui s’érige, en écho du jet d’eau voisin, dans l’angle sud de son appartement. Je le regardais sans cesse, sans y croire. Je me suis couché sur le plancher, les yeux levés vers cette trouée mystique dans le plafond. Elle s’est mise à mes côtés et nous avons mordu dans la nuit en parlant de tout. Quand je m’étendais de tout mon long sur le dos, les mains derrière la tête, une fois : « si tu te mets comme ça, je vais te sauter dessus » - nous étions grisés. Elle croyait que nos vies se reflétaient comme dans un miroir ; elle se trompait, bien entendu, mais elle m’a quand même sauté dessus après minuit, timidement, presque furtivement, avant de me laisser partir sans que je puisse voir ce qu’il y a derrière la mystérieuse porte.
4 commentaires:
À quand ton premier roman, Mendax?
J'y songerai dès que le tien aura paru !
Je découvre, un peu plus, chaque jour, au gré des billets.
Merci.
Merci à toi, surtout. Tu es la bienvenue.
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