Mon frère est venu me voir au royaume d’exil. Il venait des régions des guérillas, je l’ai vu à l’aéroport dans son t-shirt orange vif, avec son complice de vadrouilles, tous deux sont de grands arpenteurs des terres exotiques et manient des substances dangereuses. Comme un con, je lui ai serré la main, après avoir serré celle de son ami. Je devais être tendu. On ne se salue jamais entre frères, même pas quand je pars pour de longs mois, mais on se lance un « bon », un léger coup de menton. Et quand je rentre après de longs mois, il me tourne autour sans parler, puis dit un truc concernant un machin totalement anodin : « si t’as besoin de piles, j’en ai plein ». C’est notre façon d’exprimer ce que nous n’a jamais pu exprimer, et dont on ne connaît probablement même pas la nature exacte, faute d’en avoir le lexique et la syntaxe.
Bref, et trêve de considérations vétilleuses. Mon frère aîné est venu me voir. Il a un an de plus que moi, je l’ai toujours vu comme un être froid, dur, non, je devrais dire plutôt cassant, c’est le mot. Il casse toujours au moment où l’on pourrait sombrer dans la confession, le personnel, l’intime. Je ne sais rien de sa vie, pourtant il habite quasiment sous mon regard, quand je suis dans ma ville. Je lui dis : « je serai Montréal avant de rentrer », et il ne me demande pas pourquoi, chez qui. Il a la rigidité de ces êtres qui cherchent le vrai, ou plutôt l’exact. Il pense qu’il faut trouver la loi qui régit les choses, et il rejette d’un revers de main méprisant ce qui entrave cette recherche.
Je me suis rendu compte à quel point je ne connais pas mon frère. Je n’ai jamais osé aller voir derrière la façade, par angoisse. J’ai grand peur de découvrir ses pieds d’argile et de voir un jour la grande statue vaciller. Je l’ai déjà vu deux fois dans ma vie, et cette vision m’a tellement traumatisé que chaque fois que j’aurais pu avoir une raison de le haïr, l’image de ses yeux effarés a tout dissipé.
J’ai toujours su qu’il est plus intelligent que moi, plus doué, plus curieux ; lors de sa visite, il a ébloui par son tact, son esprit, sa générosité. Je l’observais de loin tester des guitares et en décrire l’âme avec des adjectifs choisis que je n’aurais pas imaginés, sa parole était parole d’évangile.
Mais là où il m’a bluffé, c’est lorsque nous dûmes aller acheter des fleurs. Il m’a coupé sèchement : « laisse-moi là, j’y vais ». Bon, ok, chef, pensais-je sceptique. Son ami de voyage, resté dans la voiture, me dit : « Tu sais, c’est le meilleur pour choisir des fleurs. Il sait toujours exactement ce qui convient le mieux ». Moïse au Sinaï n’a pas reçu plus grande révélation que celle-ci.
Bref, et trêve de considérations vétilleuses. Mon frère aîné est venu me voir. Il a un an de plus que moi, je l’ai toujours vu comme un être froid, dur, non, je devrais dire plutôt cassant, c’est le mot. Il casse toujours au moment où l’on pourrait sombrer dans la confession, le personnel, l’intime. Je ne sais rien de sa vie, pourtant il habite quasiment sous mon regard, quand je suis dans ma ville. Je lui dis : « je serai Montréal avant de rentrer », et il ne me demande pas pourquoi, chez qui. Il a la rigidité de ces êtres qui cherchent le vrai, ou plutôt l’exact. Il pense qu’il faut trouver la loi qui régit les choses, et il rejette d’un revers de main méprisant ce qui entrave cette recherche.
Je me suis rendu compte à quel point je ne connais pas mon frère. Je n’ai jamais osé aller voir derrière la façade, par angoisse. J’ai grand peur de découvrir ses pieds d’argile et de voir un jour la grande statue vaciller. Je l’ai déjà vu deux fois dans ma vie, et cette vision m’a tellement traumatisé que chaque fois que j’aurais pu avoir une raison de le haïr, l’image de ses yeux effarés a tout dissipé.
J’ai toujours su qu’il est plus intelligent que moi, plus doué, plus curieux ; lors de sa visite, il a ébloui par son tact, son esprit, sa générosité. Je l’observais de loin tester des guitares et en décrire l’âme avec des adjectifs choisis que je n’aurais pas imaginés, sa parole était parole d’évangile.
Mais là où il m’a bluffé, c’est lorsque nous dûmes aller acheter des fleurs. Il m’a coupé sèchement : « laisse-moi là, j’y vais ». Bon, ok, chef, pensais-je sceptique. Son ami de voyage, resté dans la voiture, me dit : « Tu sais, c’est le meilleur pour choisir des fleurs. Il sait toujours exactement ce qui convient le mieux ». Moïse au Sinaï n’a pas reçu plus grande révélation que celle-ci.
4 commentaires:
C'est quand tu me le présentes?
Ps. On joue au mot manquant?
Merci anonyme, ce texte était en effet un drôle d'avorton, j'ai corrigé
Tu seras à Mtl? T'as encore un truc à écrire je suppose? ;-)
Si tu connais une bon café ...
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