Un beau jeudi.
Enfermé au bureau toute la nuit, à tenter de sortir de mon esprit gémissant en proie aux longs ennuis, à soulever ce couvercle qui m’écrase comme un ciel bas et lourd, et à chasser, derrière des barreaux pluvieux, des chauve-souris opiniâtres et des araignées sans patrie. Heure après heure, sentir, vaincu, sur mon crâne incliné, le drapeau noir. J’ai dormi timidement deux heures sur un fauteuil inclinable, je suis sorti quelques fois, muni d’une tuque équatorienne, par -25°, fumer et courir dans la neige.
Par un miracle que je ne m’explique pas, je m’en suis sorti, vers les dix heures du matin. Je rentre chez moi dormir une heure, avant d’affronter quelques exercices de paléographie et un ancien miracle, conté par Rutebeuf, où la Vierge sort des griffes de Satan un croyant égaré.
Et le soir, je vais sortir de prison un être que je connais à peine. Il y a une machine dans laquelle on entre l’argent de la caution, qui contient même des indications en créole. J’attends deux heures qu’on me l’amène, honteux, traumatisé, incapable de prononcer un mot. Je lui dis « ça va ? », il me dit « non », et nous allons manger un steak, qu’il ne mangera pas. Je rumine mon match de foot manqué. J’avais envie de lui dire que moi aussi, ce matin, j’étais en prison, mais j’ai laissé tomber.
1 commentaire:
Tu as bien fait de laisser tomber.
Enregistrer un commentaire