samedi 16 février 2008

Cacahuètes, catleya et citronnelle: la version laïque du destin

Me lançant récemment dans une brève épopée particulièrement hermétique, je ne pus m’empêcher de pensera, au cours des longues heures de vols et de route, au sens de ce que je faisais.

J’ai cherché une caution provisoire auprès de quelques autorités : les psaumesb bénissent mon voyage, mais non son but ; Horacec trouve mon périple périlleux et sacrilège ; et Mercure n’est pas fiabled. J’ai donc courageusement assumé la totale vacuité morale de mon déplacement et son caractère profanatoire.

J’y ai réfléchi depuis, et je peux affirmer apophétiquement que mon voyage a été approuvé par une instance supérieure occulte, celle qui préside aux coïncidencese. Jugez plutôt les sept signes sur lesquelles je fonde mon affirmation :

1. Dans l’avion qui me mène à Dorval, l’hôtesse annonce qu’un passager est allergique aux cacahuètes et que nous sommes priés de ne pas en manger ; dans l’avion qui me ramène de Dorval, l’hôtesse annonce qu’un passager est allergique aux cacahuètes et que nous sommes priés de ne pas en mangerf.

2. Dans la longue file serpentiforme qui précède les cerbères de l’immigration, je repère un grand homme, posé, maître de lui, réfléchi, que j’embauche en prioritég ; deux heures plus tard, alors que je sirotais une piña avec la Vierge de la sainte Trinité, dans un bar du Village, mon homme fraîchement embauché pénètre ce lieu de débauche.

3. J’ai fait Catleya avec trois personnes différentes (baptisées « la Trinité »); or, les trois fois, j’ai mangé du bœuf citronnelle lors du souper précédent, à chaque fois dans un établissement oriental choisi par ellesh.

4. Les trois hypostases avaient nom de Vierge, nom d’Archange, nom de Lumière.

5. Pour rencontrer la Trinité, j’ai manqué trois rendez-vous.

6. Dans l’avion, à aller, j’étais assis à côté d’une dame, portant une veste de marque Columbia, couleur Catleyai. Dans l’avion du retour, j’étais exactement derrière une dame portant la même veste, de marque Columbia, couleur Catleya. Or, sur le porte-manteau de l’Archange de la sainte Trinité, j’ai vu l’identique veste Columbia, couleur Catleya.

7. Je suis né le même jour que l’Archange de la sainte Trinité, un 7 du mois de Junius.

Vous conviendrez qu’une telle somme de coïncidences si particulières prouve que le destin, contrairement à ce qu’on nous raconte, est débonnaire, joueur, et sacrément luron.

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a. Mon « penser » obéissait à la méthode suivante : envisager comme une vague silhouette sombre le(s) but(s) de mon voyage et la justification morale, frissonner, sourire, chasser le penser.

b. Ps 121 : Yahwé gardera ton départ et ton arrivée. En effet, il n’y eut pas de retard à l’aéroport.

c. Audax omnia perpeti / Gens humana ruit per vetitum nefas (Ode I, 37 - un poème qui place mon voyage sous le signe de Vénus et qui m’avertit de la folie de vouloir prendre l’avion).

d. Je rappelle au bon blogueur héroïque qu’il n’est pas seulement le dieu des voyages, des messages et des mensonges, mais aussi un sacré farceur et le complice des fornicateurs.

e. « Bravo ! Ménandre, bravo ! tu as fait un dieu du Hasard, en vrai nourrisson des Muses et des Grâces. Souvent, en effet, le hasard fait surgir je ne sais quoi d'inattendu qui vaut mieux que tout ce qu'on a le plus fortement médité. » (Anthologie grecque).

f. Ces deux vols ne faisaient pourtant pas le même trajet. Je me souviens bien de la première hôtesse : son anglais ressemblait tellement à du japonais que je me suis retourné pour voir si nous avions un avion rempli de citoyens du soleil levant.

g. L’avantage de ce serpentin, c’est qu’on peut croiser une dizaine de fois des dizaines de faces humaines. Pour passer le temps, j’ai un jeu : je les scrute et je les sonde ; et je décide de celles que je vais engager dans mon organisation fictive.

h. Mercure étant aussi le dieu des listes de prix, je pense que c’est son côté farceur qui a frappé au moment du menu.

i. Une évangélique qui lisait la Bible. Je me suis arrangé pour lui montrer des choses choquantes qui étaient sur mon ordinateur.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

:)
J'ai bien rigolé à la lecture de ton billet... j'ai même dû m'y reprendre à deux fois. J'adore ton style d'écriture ...