On devait se revoir deux jours avant mon départ, dans son environnement feng-shui. Son insistance m’était insupportable. J’ai prétexté le travail et la neige pour ne pas y aller, puis j’ai pris l’avion, espérant que tout s’arrêterait là. Sans surprise, quelques jours plus tard, je reçois un message cinglant d’ironie amère, qui montrait qu’elle avait fait sa petite enquête sur la toile: « Je m'interroge sur la raison intime de cette omission... J'aurais préféré savoir... J'avais cru comprendre que ton rattage de période post-pubère était révolue et que tu avais peiné suffisamment de femmes... ». Je me suis rendu compte à quel point j’avais menti mou, je crois en avoir éprouvé une pincée de honte, et une grosse louche d’agacement. J’ai fait une contrition circonstanciée et polie. Mais quand on est cadre très supérieure d’une multinationale, habituée à fléchir les volontés, on ne se soumet pas aux accidents de la vie. Surtout quand on peut voyager à souhait dans n’importe quelle partie du monde. Elle a donc voulu venir me voir au pays d’exil, sur le trajet de je ne sais quelle mission où elle rationnaliserait quelques circuits économiques avec les conséquences collatérales qu’on peut bien imaginer. J’ai d’abord exprimé quelques réticences, puis accepté pour une seule raison : racheter mon mensonge, en démontrer le caractère véniel, et assurer qu’il n’y avait pas d’autre omission. Elle est donc venue en avril, m’a vu en toute transparence, et m’a offert un livre de développement personnel qui me permettrait de trouver le bonheur. Une somme impressionnante de mesquineries et de stupidités, dans un style d’impuissant. J’ai perdu quatre jours de ma vie pour rattraper un faux-pas.
mercredi 21 juillet 2010
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